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STAV : POP CORNES

Photo : Léna Mezlef

Son premier EP, “Musique de Supermarché” vient de sortir, c’était donc le bon moment pour poser toutes les questions qui nous brûlaient les lèvres à Stav sur cette nouvelle métamorphose de Benjamin Pépion, que la plupart d’entre vous a découvert en MC vénère du duo Rezinsky, mais dont les plus anciens se souviennent peut-être aussi comme d’un rappeur rêveur sous le nom de Pepso Stavinsky. Cette fois-ci, Stav assume faire de la pop, et compte bien faire danser tout le monde au rayon bio des supermarchés sur ses refrains bubblegum. Est-ce que vous avez la carte du magasin? Pas encore? Toutes les infos ci-dessous.

Quand t’est venue l’envie de ce nouveau projet en solo ?

Rezinsky, c’était un groupe, et je dis souvent que c’est un peu comme un couple. Et dans un couple, au fil de son développement, de la façon dont le contrat de départ peut parfois évoluer voire nous échapper, on a un peu tendance à s’oublier soi-même. Rezo et moi, on vivait ce groupe à fond (de l’artistique au management) et je pense qu’on a tous les deux été un peu déçus que le dernier album ne marche pas mieux que ça, même si on a eu plein de bons retours et qu’on a quand même pas mal tourné pour le défendre. On s’attendait probablement à mieux. Et ça nous a fait prendre conscience que chacun de nous s’était un peu oublié dans le processus : on créait avec Rezinsky en ligne de mire. Est-ce que ça colle au groupe ? Et au moment du bilan, on s’est rendus compte qu’on n’avait plus tellement envie des mêmes choses. Ça faisait longtemps que j’avais envie d’essayer quelque chose de plus pop, mais je n’avais pas encore les clés pour le faire. J’en avais parlé à Rezo, il était ok pour me produire quelques titres pour un projet solo mais n’avait pas envie de se lancer dans un projet comme ça à plein temps. On avait alors décidé de sortir un dernier EP de Rezinsky dans un premier temps. Un jour, j’ai eu l’opportunité de signer avec une boite de management qui s’appelle Excuse My French (qui manage notamment Gaël Faye). Ils m’ont expliqué qu’ils ne pouvaient pas me suivre sur la promo d’un EP d’un groupe qui allait se mettre en pause pour ensuite enchainer sur mon projet solo. Il a fallu choisir, et ça a un peu précipité les choses. Du coup, j’ai pris ma décision en janvier, et les premières compositions sont venues vers mars 2019.

Comment se sont passées les premières tentatives pop ?

Après un des derniers concerts de Rezinsky, je me suis pointé un soir chez Joh Berry, bien crevé. J’étais un peu dépité, parce que j’avais reçu quelques prods de beatmakers à droite à gauche, mais il n’y avait rien qui me parlait. Et Joh m’a dit qu’il avait quelques accords qui trainaient dont il ne savait pas quoi faire pour ses propres morceaux. Il a commencé à me les jouer au clavier et je me suis rendu compte à ce moment-là qu’en fait j’avais déjà des refrains qui me trottaient dans la tête. J’avais pas fait attention que souvent quand je me promenais dans la rue j’avais des bribes de textes, des refrains qui me venaient, et tout ça se stockait dans mon inconscient. Mais ça ne sortait pas quand j’essayais de poser mes idées sur les prods qu’on m’envoyait, parce que tout était déjà en place musicalement. Or, Joh a adapté en direct ses accords à mon flow, et ça m’a soudainement permis de chantonner, et de réellement placer ce que j’avais en tête. Et donc sans trop le savoir, je suis entré dans ce processus de travailler des chansons, et non plus des morceaux de rap. Et on partait ensuite de mes idées de chants ou de textes pour composer la musique, et non l’inverse comme dans Rezinsky.

Tu travailles avec d’autres personnes que Joh ?

Au départ, on a beaucoup travaillé avec Joh, puis assez rapidement Titouan, le musicien couteau suisse qui m’accompagne sur scène, s’est également investi dans la production ces derniers mois (vu qu’on n’avait plus de concerts), et je travaille aujourd’hui pas mal aussi avec Chahu des Dogs For Friends sur des nouveaux morceaux. Et il y a bien sûr toujours Atom qui continue de faire un énorme taf en faisant sonner nos petites démos faites sur des plug-in pourris. On commence à trouver nos marques, et je ne me suis jamais senti autant en phase avec ce que je voulais faire.

Ça pourrait étonner pas mal de tes fans qui t’ont découvert dans Rezinsky ?

Oui, c’est sûr. La première mouture d’un morceau comme « Avec moi », par exemple, est arrivée assez tôt, genre en mai 2019, soit deux mois après les toutes premières ébauches plus pop. Et j’ai longtemps hésité avant de la faire écouter à mes potes comme Odor ou Nerlov, je craignais un peu leur réaction. Et finalement, la première réaction de tout le monde a été de sourire, et de me dire que finalement, ça avait beau être très différent musicalement, on me reconnaissait bien dans ce délire. Ça m’a beaucoup conforté parce que c’était mon cercle proche, qui me connaissait aussi en tant que personne, et pas seulement le type sur scène. A la fin de Rezinsky, j’étais trop dans un personnage hip hop redneck à jouer la surenchère de la provoc, la vulgarité. Je voyais ma mère qui commençait à tiquer, et j’avais des potes qui commençaient à avoir des enfants, et qui me disaient « ouais, c’est cool, mais je ne ferai jamais écouter ta musique à mes gosses ! » (rires)

Pourtant, Stav est juste un nouveau personnage, comme ont pu l’être le MC de Rezinsky ou Pepso Stavinsky encore avant, non ?

Bien sûr. Stav est juste le fantasme de Benjamin. Il lui permet de faire tout ce que Benjamin n’oserait jamais. Finalement, dans mon disque « Voir la lune », sorti sous le nom de Pepso il y a des années, il y avait déjà ce côté rêveur, lunaire, qu’on peut retrouver aujourd’hui sous une forme musicale différente et plus aboutie dans Stav. Finalement, peut-être que la vraie rupture dans mon image, c’était surtout Rezinsky. Mais parce que Rezinsky, au départ, c’était un délire qui n’était pas censé durer aussi longtemps. On devait juste faire un EP 4-titres, qui est devenu finalement un EP 7-titres, qui a eu une sortie physique, et on a trouvé un tourneur, un manageur, y a eu d’autres disques… C’est le fait que ça a suscité de l’intérêt chez d’autres personnes qui a fait que ça a continué d’exister pendant quatre ans et que ça nous a boosté grave. Et puis on avait des morceaux comme “Jolie môme” ou “Caligula”, écrits et composés super à l’instinct et qui restent peut être les tracks les plus évidents qu’on ait faits avec du recul. Les gens y croyaient et nous aussi. Mais à la base, Rezinsky c’est parti d’une interview que je faisais pour le site L’Abcdr du Son dans lequel le journaliste me parle d’un morceau sur lequel je posais créé par ce beatmaker rennais Rezo, et je réponds que c’est vrai que je kiffe ses prods et qu’on est super potes, mais que c’est peut-être trop ancré dans le boom bap des 90s, et que j’ai envie de trucs plus électroniques à l’avenir, et donc qu’on allait sans doute moins collaborer par la suite. Et quand Rezo a vu ça, par défi, il s’est mis à m’envoyer des prods boom bap que j’ai trop kiffées, il a réussi à me mettre en contradiction (rires). Rezinsky a donc démarré comme ça. Et on a kiffé à mort ! Et comme il y a plus de gens qui m’ont découvert avec Rezinsky que sur mes projets plus anciens, c’est peut-être pour ça qu’ils sont étonnés d’entendre Stav aujourd’hui.

Je pense que Stav nous touche parce qu’il ose des choses que plein de gens n’oseraient pas…

C’est un peu pareil pour moi aussi en fait ! (rires) Ce projet me fait beaucoup de bien parce quand j’étais ado j’étais foufou, je faisais beaucoup de conneries, des sports un peu extrêmes. Et puis j’ai vieilli, j’ai fumé beaucoup de joints, et je suis devenu plus peureux. Puis vient l’époque où tu dois taffer, tu as la tête dans le guidon, tu deviens un peu plus lâche. Stav me permet de retrouver cette insouciance, cette folie, de mon enfance, quand on peut tout se permettre. Ça me libère. Il y a plein de choses que je fais aujourd’hui dans mes interventions sur les réseaux sociaux, les petites vidéos que je lâche ici ou là, que je n’aurais jamais osé montrer avant, parce que je voulais que tout soit sous contrôle, ultra-chiadé, etc. Avec Stav, j’ai réappris la liberté et la spontanéité. Et je pense que les gens ont besoin de sentir cette folie, surtout en ce moment où la vie ne nous permet pas souvent d’en faire. Même si tout ça ne reste qu’un personnage, contrôlé, marketé, assumé. Je l’envisage aussi un peu comme un personnage de film…

D’ailleurs, le fait qu’on retrouve toujours le personnage de Billie, ton amoureuse, dans plusieurs chansons contribue à donner ce côté cinématographique à ton écriture, comme si chaque chanson était un épisode d’une histoire.

Dès le début, j’ai voulu raconter des histoires. Je vivais très mal à la fin de Rezinsky de ne plus écrire que sur ma vie de rappeur indé. Avec Stav, je voulais quelque chose de plus universel. Mais on s’inspire forcément de ce qu’on vit. Et moi, je suis en couple avec une fille qui m’inspire beaucoup, mais je ne me voyais pas citer son vrai nom dans mes chansons. Alors je lui ai piqué le nom d’un personnage d’histoires qu’elle avait écrites de son côté. Elle a été ok pour que je lui emprunte Billie dans mes chansons. Billie, c’est jamais le personnage central d’une chanson, mais elle n’est jamais très loin. Elle peut représenter plusieurs choses, plusieurs symboles de la féminité. J’ai toujours bien aimé les livres ou les films d’un auteur où on retrouve un même personnage, qui peut ne pas être tout à fait le même non plus, d’un livre à l’autre, comme le personnage d’Octave Parango dans les livres de Frédéric Beigbeder. Il y aura peut-être de nouveaux personnages qui apparaîtront dans mes chansons, c’est pas du tout impossible. Je me rends compte que ça m’aide beaucoup à creuser des histoires et de réussir à écrire sur des thèmes sur lesquels je n’aurais jamais réussi à écrire tout un texte.

Et la suite ?

Si tout va bien, on devrait sortir un autre EP, un « Musique de Supermarché 2 », mais plus organique, avec sans doute un vrai live band pour aller encore plus loin dans le côté pop 80s. Et ensuite un album. On y entendra sans doute un morceau comme « Breakdown » que je joue déjà sur scène, mais qui est un morceau plus hivernal, et qui mérite une instrumentation plus rock, avec une vraie guitare avec réverb comme dans les films de Tarantino… On ne manque pas d’idées.

LE 23/02/2021