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LANE : UN AIR DE FAMILLE

Quand vous démarrez un groupe, soit vous avez de la chance et un de vos morceaux cartonne tout de suite, soit vous avez de la chance et certains des membres de votre groupe ont joué auparavant dans une formation mythique. LANE coche la seconde case. On y croise Eric et Pierre-Yves Sourice (Les Thugs), son fils Félix, et Camille et Etienne Belin (Daria). Rencontre avec Pierre-Yves aka Piwaï et Félix, respectivement bassiste et guitariste de LANE.

Comment en êtes-vous venus à jouer dans le même groupe ?

Félix : Il se trouve que j’avais économisé un peu d’argent et que j’ai eu envie de m’acheter une vieille guitare dont j’ai appris à jouer tout seul dans ma chambre. Assez rapidement, j’ai eu des idées de compos que j’ai là aussi travaillées tout seul, sans trop savoir ce qu’elles deviendraient. Parallèlement à ça, Piwaï jouait de temps en temps avec Camille et Etienne de Daria dans leur local de répète. Assez naturellement, on s’est donc retrouvés à jouer nos morceaux ensemble avec mon père, puis on a retrouvé Cam et Etienne. Il se trouve que Camille bossait beaucoup la batterie depuis quelques mois, il avait besoin d’essayer autre chose que la guitare/chant qu’on connaît de lui dans Daria. On a fait des essais au chant avec tous les autres membres du groupe qui se sont révélés catastrophiques. (rires) Piwaï a donc demandé à Eric si ça le brancherait, et il a tout de suite accepté. Trois semaines plus tard, on a fait une première répétition tous ensemble, et on a tout de suite vu que ça collait ! Mais rien n’a été vraiment réfléchi en fait.

Vous avez d’abord enregistré un EP avant ce premier album ?

F : Oui, on s’est assez rapidement retrouvés avec quatre morceaux bien aboutis. On a eu envie de les enregistrer au local, on les a mixés par nous mêmes et puis on les a fait masteriser à New York par Dan Coutant qui avait déjà travaillé sur les disques de Daria. Au départ, on pensait juste s’en servir pour démarcher des programmateurs.

Pierre-Yves : Quand finalement on a décidé de le sortir commercialement, les gens de Pias (notre distributeur) nous ont dit « Les gars, plus personne ne sort des EP en CD aujourd’hui. Vous allez en vendre 200 ou 300 au mieux. » Finalement, on en a déjà vendu 1700. Donc c’est plutôt pas mal vu l’état du marché du disque. Après, on ne va pas jouer les faux-modestes, Eric et moi, on se doutait quand même un peu que ça aurait de l’écho. On a fait quelques trucs par le passé qui ont intéressé pas mal de gens. Avec ce projet, on est très conscient qu’on fait quelque chose de très proche de ce qu’on faisait avec Les Thugs, parce que c’est ce qu’on sait faire de mieux, que c’est ce qu’on aime. Donc on imaginait bien que ça pourrait parler à quelques personnes. Mais c’est vrai que ça a tendance à dépasser nos attentes quand même. Camille et Etienne nous disent souvent qu’on a eu en un an avec LANE ce qu’ils ont mis près de dix ans à obtenir avec Daria.

Justement, n’est-ce pas un peu ironique d’avoir refusé toutes ces reformations avec Les Thugs pour lancer aujourd’hui un nouveau groupe qui ressemble beaucoup à du Thugs fait par des Thugs ?

PY : Bien sûr, il y a un peu de ça. Après, la motivation première de ce groupe, ça a été l’envie de jouer, de faire des morceaux, de les enregistrer, de faire des concerts. Donc finalement, exactement comme lorsque Les Thugs sont nés. Ca reste quand même une des plus belles histoires de ma vie, et de celle d’Eric. Il nous dit souvent « J’ai 58 ans, je n’ai plus de temps à perdre. » Moi, j’en ai 51, ça sera donc très probablement mon dernier projet musical. Donc s’il y a des gens qui ont envie d’écouter la musique de LANE, on ne va quand même pas les repousser. On repart sur les routes, entre potes, il y a du monde aux concerts, on a de bonnes sensations sur scène. Ca durera le temps que ça durera, mais pendant ce temps on joue du rock’n’roll.

Et toi Félix ? A 21 ans, tu te retrouves à faire un groupe avec des vieux. Et en même temps, tu dois avoir conscience que tu ne vivrais pas la même aventure avec des gens de ton âge ?

F : Non, c’est sûr. J’avais déjà joué dans quelques groupes sur Angers avec des potes, mais ça n’est jamais allé bien loin. Comme tu peux l’imaginer, je baigne un peu là-dedans depuis que je suis tout petit, et en même temps tout était toujours resté assez abstrait. Donc quand l’occasion s’est présentée de faire ce groupe avec les gars, j’ai pas hésité. Je peux enfin voir ce que c’est de partir sur la route pour jouer sa musique. Je découvre ce qu’est vraiment un label, un tourneur, le travail des techniciens son et lumière (d’autant plus que je me dirige vers le métier de sonorisateur). Je ne savais pas ce que c’était que de jouer devant plus de mille personnes. Rien que cette interview, ça m’aurait paru totalement extraterrestre il y a encore un an. Donc j’ai fini par oublier assez vite le fait que je joue avec mon père et mon oncle, qu’il y a une différence d’âge entre nous, etc. Quand on est dans le local de répé, on est juste cinq musiciens qui essayons de jouer un truc qui nous plaît à tous.

P.Y : La relation père-fils dans le groupe, elle a duré trois concerts. J’ai dû vouloir lui faire une remarque sur le fait qu’il buvait une bière dans les loges à 15h, il m’a envoyé balader, et c’était plié. (rires) Quand on joue, Félix est le guitariste de LANE avant d’être mon fils.

On a l’impression que vous ne savez pas faire de la musique en dehors du cadre familial chez les Sourice ?

P.Y : Je ne saurais pas trop l’expliquer. Tout s’est fait très naturellement comme on te l’a dit. Félix jouait dans sa chambre, j’avais envie de rejouer moi aussi. Quand on a eu besoin d’un chanteur, j’ai juste demandé à mon chanteur préféré qui se trouve être mon frère Eric. Il a accepté, donc on l’a gardé. S’il avait dit non, on aurait probablement cherché quelqu’un d’autre. Mais ça n’a pas été le cas. Il n’avait plus chanté depuis la tournée des Thugs en 2008. Et pourtant je trouve qu’il chante mieux que jamais. Dans les commentaires sous les vidéos YouTube, y a plein de gens qui disent qu’ils sont hyper contents de réentendre cette voix !

F : Il y a plusieurs compos dont on n’était pas totalement convaincus avec les gars. On les trouvait parfois trop pop-punk de base à l’américaine. Et il suffisait qu’Eric pose son chant si particulier dessus et ça emmenait le morceau complètement ailleurs.

Vous avez des dates jusqu’à l’été ?

P.Y : Oui, on a une vingtaine de date en France jusqu’à la fin du printemps, dont le Chabada le 29 Mars. On attend aussi quelques réponses pour l’étranger. Ensuite, peut-être que la sortie du premier album nous placera sur quelques festivals dont la prog ne serait pas encore tout à fait complète, sinon on tournera à nouveau à la rentrée. Et on enregistrera le deuxième album fin 2019, on a déjà pas mal de morceaux de prêts. C’est reparti !

Plus d’infos sur le label Nineteen Something.

Lire notre chronique de « A Shiny Day » : http://www.lechabada.com/lane-a-shiny-day/

Crédit photo : Rémi Sourice

LE 7/03/2019