Scène Locale

02 juin 2017

Glass : Wave à l’âme – interview et chronique « Saudade »

actu-GlassSaudade-artAprès deux 45-Tours et un EP 12 », Glass passe sur long format. Mais Alex Raux, la tête pensante de Glass, a tout de même tenu à repêcher quatre titre déjà parus sur ces précédents formats courts pour les inclure à ce premier album. Vous irez relire dans vos vieux Yéty tout le bien qu’on pensait de ces « vieux » morceaux et nous nous intéresserons par conséquent qu’aux cinq compositions inédites présentes sur ce «Saudade». Premier constat: l’ambiance est moins à la fête que par le passé. Même si la musique de Glass n’a jamais vraiment privilégié un quelconque côté «feel-good», ses précédents EPs contenaient toujours des morceaux assez dansants dans l’esprit de LCD Soundsytem ou !!!. Ce n’est plus le cas dans le Glass nouveau (même s’il ne faudrait pas trop nous pousser pour qu’on file sauter dans tous les sens sur l’entêtant «Order»). Plus downtempo, plus oppressante, plus expérimentale peut-être, cette nouvelle salve ne se laisse pas apprivoiser par une simple écoute distraite. Les guitares coupantes comme des rasoirs tailladent des nuages de delays, pour mettre à nu des petits gimmicks pop planqués derrière des hénaurmes basses indus et des parties de batterie dubbées. Les voix de K-Rol Gola (Ek-Kha, Vendas Novas) et Guillaume Goubier (Hungart Thorsen) n’ont plus qu’à surfer sur la wave pour enfoncer le clou. On surprend bien ici où là des clins d’oeil à Joy Division, The Cure ou Sisters Of Mercy, mais Glass a su trouver sa place et signer un disque en 50 nuances de gris.

Album en écoute : kazamixrecords.com/album/saudade
Release Party le vendredi 9 juin à l’Alambic Café, Angers : événement FB

 

L’interview

Pour parodier Clint Eastwood dans « Le Bon, la Brute et le Truand », le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une vie bien chargée et ceux qui creusent. Et il y a ceux qui font les deux. Comme Alex Raux, qui joue déjà de la guitare à plein temps dans Zenzile et qui creuse quand même ses obsessions cold wave dans son projet solo Glass, dont le premier album devrait ravir les fans de Joy Division, Killing Joke ou Frustration. Le Yéty, qui aime bien entendu le froid (et boire un coup), s’ est entretenu avec Glass.

J’ai l’impression que ce nouveau disque a été composé différemment. Je trouve qu’il sonne plus live que les précédents EPs?

Je n’ai pourtant pas vraiment changé ma façon de composer. Je continue de composer, jouer et enregistrer tout seul chez moi. Ensuite je demande à des chanteurs de venir poser des voix. De ce point de vue-là, rien n’a changé. Mais en revanche, j’ai dû me rendre à l’évidence que Glass ne pouvait pas rester un projet purement studio si je voulais qu’il existe un peu. Aujourd’hui, c’est dur de vendre des disques si tu ne fais pas du tout de scène. Or, je faisais auparavant ce projet avec le chanteur David K. Alderman (de Warehouse) qui vit à Paris. Ce n’était pas toujours simple de caler des créneaux pour se voir, et fatalement c’était compliqué de préparer un live. Du coup, pour ce nouveau disque, j’ai monté une équipe avec des musiciens du coin. Ce qui veut dire qu’on a pu commencer à travailler les morceaux en groupe beaucoup plus vite après que je les ai enregistrés. Alors, peut-être qu’inconsciemment j’ai composé des choses plus directes, plus organiques, qui pourraient prendre vie plus facilement sur scène…

Qui jouera sur scène avec toi?

Il y aura mon frère Fanfan (ex-Mashiro, ex-OTTO) à la batterie, Jérôme Pinçon (ex-EK-KHA, Vendas Novas) à la basse, K-Rol Gola (ex-EK-KHA, Vendas Novas) au chant/sampler et Guib (Hungart Thorsen, ex-OTTO) au chant et peut-être bientôt à la guitare. Et moi à la guitare donc.

Ce sont des musiciens que tu connais depuis très longtemps. Sauf peut-être Guib que j’ai été surpris de retrouver là, parce que ce n’est pas trop la couleur musicale qu’on connait de lui?

Je crois qu’il en est le premier surpris! (rires) En fait, on jouait déjà ensemble dans un groupe un peu post-hardcore/sludge qui s’appelait OTTO, avec les frères Belin (Daria) et Flo (ex-Mashiro, ex-Ride The Arch). On s’était super bien entendus. Du coup, quand OTTO s’est arrêté, je lui ai proposé d’essayer de poser sa voix sur mes morceaux, même si ce n’est pas un univers musical qu’il connaissait très bien. Et à sa grande surprise, sa voix colle carrément bien à ces ambiances cold wave. C’est très différent de ce que les gens connaissent de lui dans son projet blues Hungart Thorsen, qui sonne plutôt dans un esprit Tom Waits. Là, ça envoie carrément bien. C’est vraiment un chanteur incarné. Parfois, il me fait même un peu penser au chanteur des Sisters Of Mercy. Ce qui est un énorme compliment dans ma bouche!

Du coup, sur scène, il reprendra les morceaux que Dave K. Alderman chantait?

Oui, ils ont finalement une tessiture de voix assez proche, donc ça passe tout seul.

Les nouveaux morceaux sont quand même moins «dansants» que les précédents, plus torturés. Plus proches de l’esprit new wave/cold wave original que des groupes plus récents qui s’en inspirent (Bloc Party, LCD Soundsystem, etc.)?

Oui, je suis assez d’accord, même si c’est pas fait consciemment. Je crois que je sais juste de mieux en mieux ce que je veux. J’écoute des tas de choses et peut-être que pour les précédents EPs j’ai incorporé des choses qui venaient d’ici ou là, alors que désormais je commence à avoir une idée bien précise du son que je veux pour Glass, et donc de ce que je ne veux pas. Je pense que ça rend ces nouveaux morceaux plus cohérents entre eux que ce que j’avais sortis auparavant. Y a quand même un truc qui a changé dans ma méthode de composition, qui explique peut-être tout ça d’ailleurs. J’ai lu la bouquin de Geoff Emerick, l’ingé-son qui a enregistré la plupart des disques des Beatles. Il explique très bien comment les sons devaient être produits à la source parce que les tables de mixage étaient assez rudimentaires, et que si tu voulais pouvoir empiler des couches de sons, il fallait tout de suite faire des choix. Savoir que ta guitare sonnerait comme ci ou comme ça, dès la prise de son. Aujourd’hui, on a tendance à enregistrer les instruments de la manière la plus neutre possible, comme ils sonnent naturellement, puis on modifie les sons pendant la période de production en leur apportant des effets, etc. C’est une méthode qui multiplie les possibles car le studio t’offre un éventail de possibilités infini qui fait que tu peux faire partir ton morceau dans des tas de directions parfois totalement opposées. C’est un truc difficile pour moi, parce que j’ai souvent du mal à trancher. Je peux aimer plusieurs options qui donneront des morceaux très différents à l’arrivée. En enregistrant comme l’explique Emerick, on doit se poser des questions en amont, et ensuite on ne peut plus trop changer d’avis. Finalement, ça me convient mieux. Et c’est peut-être ce qui rend ces nouveaux morceaux plus homogènes, et aussi plus live.

C’est drôle, ton dernier disque était également sorti en même temps qu’un disque de Zenzile (dans lequel tu joues). Le fait d’être en période de compo avec Zenzile te stimule et tu deviens ultra-productif?

C’est sans doute une coïncidence, même si c’est vrai que plus tu composes et plus les idées viennent. Les deux disques de Zenzile en question sont assez proches de mon univers musical donc on ne peut pas vraiment parler de frustration ou quelque chose comme ça. Ça me donne peut-être juste envie de creuser un peu plus certaines idées, de le faire à ma sauce, donc dans une veine un peu plus expérimentale sans doute.

Ce disque sort à nouveau sur le label Kazamix?

Oui, on en a discuté avec Fred (le boss de Kazamix), et on s’est dit que de toute façon ça n’empêchait pas de démarcher d’autres labels mieux ciblés sur ce genre de musique à côté (Allô? Born Bad Records?). Là, on va sortir des petits tirages du disque en vinyle et en CD, avec ces cinq nouveaux morceaux + trois que je dois choisir (et j’ai du mal à trancher!! rires) dans les deux 45-t et le 12’’ que j’avais sortis auparavant. Mais ça sera des versions un peu différentes tout de même car pour ces nouveaux morceaux, j’ai confié le mixage à Tanguy, le sonorisateur de Zenzile. Il a une vraie oreille pour ça, et on a des tas de goûts en commun, donc je préfère qu’il fasse son propre mix des anciens morceaux aussi pour les rendre cohérents avec l’ensemble.