Scène Locale

04 mai 2017

Després : Le chant de la machine

Després © Nicolas Meurillon

Després © Nicolas Meurillon

En choisissant volontairement de ne pas trop s’exposer depuis sa création il y a un an (peu de choses à se mettre sous la dent sur le Net, peu de concerts officiels), Després a réussi à susciter la curiosité. Il faut dire que le duo a un pédigrée qui fait tendre l ‘oreille : Ca mille, la chanteuse, était la voix des premiers tubes de Thylacine et Raphaël, d’habitude à la guitare, ici pour la première fois aux machines, a une longue expérience de musicien derrière lui (une Victoire de la Musique en 2015 avec le groupe Rivière Noire). Un premier EP est enfin sorti en Février et un second déjà annoncé en Mai. C’était donc le moment de poser nos questions à Després.

Vous pouvez revenir sur les débuts de Després?

Camille: Après avoir arrêté d’enregistrer avec Thylacine, je m’étais acheté un peu de matériel pour pouvoir composer des morceaux chez moi. Mais ça n’avançait pas vraiment. Je dessinais un peu, je peignais. J’étais dans une période où je cherchais un peu ma voie. Un jour, quelqu’un que j’avais connu aux Beaux-Arts m’a branchée avec Raph…

Raphaël: On m’a envoyé le morceau «No Mic Stand» de Thylacine sur lequel elle chante. Je connaissais Thylacine de nom vu qu’il faisait partie de l’Équipe Espoir du Chabada en même temps que My Sweet October, un groupe dans lequel je jouais. Mais je n’avais jamais vraiment pris le temps d’écouter, vu que ce n’était pas un genre musical vers lequel j’étais naturellement porté. J’ai dû écouter une petite minute de «No Mic Stand» avant de décider que je voulais travailler avec Camille (rires).

On doit souvent te parler de ce morceau, Camille? C’est flatteur ou c’est gonflant?

C: C’est sûr que je n’y échappe jamais. Mais bon, c’est normal aussi. Ce morceau a quand même marqué pas mal de gens, ça a bien contribué à lancer Thylacine. Donc, même si je n’étais qu’une voix invitée sur ce projet, je profite tout de même de l’impact que ce morceau a eu. On se souvient de moi grâce à ça. Et comme le morceau est vraiment bien, c’est quand même moins difficile à assumer! (rires)

J’ai l’impression que le propos musical a aussi pas mal évolué depuis les toutes premières intentions?

C: On a commencé à cinq à la base, avec des musiciens que Raph avait recrutés. On a fait quelques répétitions mais assez rapidement, on s’est rendu compte qu’il fallait qu’on précise la direction artistique qu’on voulait emprunter avec ce projet, qu’on travaille un peu plus le fond. Et ce faisant, on a réalisé qu’on pouvait très bien l’exprimer juste tous les deux, voix + machines. On avançait beaucoup plus vite. À deux, les débats sont plus vite tranchés qu’à cinq. (rires)

R: C’est certain. Au départ, c’était plus ou moins le projet de Camille Després avec des musiciens qui l’accompagnent. Une fois qu’on s’est retrouvés juste à deux, c’est devenu Després, le duo. On compose tous les deux, on n’a pas chacun un rôle distinct, donc c’est devenu la somme de nos influences à tous les deux. Au départ, c’était peut-être plus sombre, plus calme. Moi, j’ai lâché les guitares pour la première fois de ma vie avec ce projet, mais ce n’est pas une raison pour que ça ne gronde pas. Petit à petit, au gré de notre travail en commun, le rapport de Camille à la saturation, à la mélodie, s’est modifié. Tout comme j’ai évolué sur certains sons synthétiques. Aujourd’hui, ça donne donc un résultat nouveau, qui nous ressemble à tous les deux.

D’ailleurs, Raph, pourquoi avoir délaissé la guitare?

R: J’ai 40 ans, et je joue de la guitare depuis l’âge de 7 ans. Je voulais donc sortir un peu de ma zone de confort, retrouver une certaine fraîcheur dans ma pratique musicale. J’ai toujours adoré par exemple entendre des musiciens dont ce n’était pas l’instrument principal tenter des choses à la guitare. Parce qu’ils se permettaient des choses surprenantes, presque naïves, que je n’aurais jamais pensé à faire moi-même. Du coup, je me retrouve dans ce rôle aux machines. Je découvre, et ça me plaît énormément. Parfois j’en viens même à me dire que je me suis trompé d’instrument depuis le départ. Si aujourd’hui, j’avais 3500 euros à dépenser comme ça, je m’achèterais plutôt un synthétiseur Moog qu’une guitare Les Paul.

Vous avez entretenu un certain mystère autour de Després. Peu de morceaux à écouter, peu de concerts…

R: C’était volontaire. On voulait arriver fin prêt, avec un truc qui claque bien. Essayer de créer une petite attente aussi. Du coup, ça ne nous intéressait pas de mettre des morceaux dont on n’était pas encore totalement satisfaits en écoute sur le Net, ni de faire des concerts alors qu’on n’avait pas encore une véritable sortie à défendre. On a une dizaine de bons titres aujourd’hui sur lesquels on sait qu’on peut s’appuyer pour un live. On en a sorti trois sur ce premier EP. On a clippé le morceau «Hide», qui a été présenté en avant-première à la soirée «Clips d’ici» au Joker’s Pub, dans le cadre du festival Premiers Plans. À la suite de la diffusion, Bruno Parisse, le boss des labels Ruralfaune et Maison Cannibale (qui a sorti le dernier San Carol), est venu nous voir pour nous proposer de sortir un autre EP en Mai.

Vous avez presque 15 ans d’écart. Ça veut donc dire que vous n’avez sans doute pas écouté les mêmes choses. Sur quel groupe vous êtes vous immédiatement retrouvés?

C: Quand j’étais gamine, j’ai beaucoup écouté la musique de mes parents: Fleetwood Mac, Peter Gabriel, Pink Floyd… Pas mal de rock progressif. Ça m’a quand même sacrément marquée parce qu’aujourd’hui mes compos sont souvent plus évolutives que sur le format couplet/refrain. Puis un jour, j’ai découvert des trucs plus electropop comme The Knife, James Blake et Alt-J et ça a été une révélation.

R: En fait, ça ne s’entend pas forcément de prime abord dans notre musique, mais on a tous les deux assez vite réalisé qu’on était de grands fans de Mike Oldfield et de Peter Gabriel. D’ailleurs, on sent un peu plus l’influence de ce dernier sur le troisième titre de l’EP, «Cheeky Love», qui est moins dansant, plus atmosphérique. On voulait aussi montrer cette facette de notre travail, pour ne pas se faire enfermer dans une musique uniquement pour dancefloor.

Relisez notre chronique de « Hide »: http://www.lechabada.com/despres-hide/

Després sera en apéro-concert au Chabada le jeudi 11 Mai 2017 pour célébrer la sortie de leur EP : http://www.lechabada.com/events/despres/