Scène Locale

10 octobre 2016

Des Lions Pour Des Lions : Vents Contraires

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Crédit photo: Coline Linder

Ne vous fiez pas aux instruments joués par Des Lions Pour Des Lions. Si leur musique repose beaucoup sur des instruments à vent et une grosse caisse, le groupe refuse d’être résumé à une simple fanfare, surtout depuis l’arrivée d’un guitariste qui ancre le son du quatuor dans un terreau beaucoup plus rock. Mais nos Lions ne sont pas prêts à brider leur liberté pour autant comme le prouve leur nouvel EP qui préfère défricher de nouvelles voies plutôt que d’emprunter les grands axes. On a posé des questions à Boochon et Babette…

Votre première démo date de 2010. Et vous n’avez plus rien sorti jusqu’à ce nouvel EP. Que s’est-il passé?

Babette: Au départ, ce projet est né un peu par hasard. Vers 2007/2008, je jouais parfois sous les ponts à la sortie du Donald’s Pub avec Raggy, le saxophoniste de Zenzile, pour nous marrer. Boochon avait aussi bossé avec Raggy et Vince (aussi de Zenzile) pour une mini-fanfare pour un 1er de l’an. De fil en aiguille, on s’est retrouvé à jouer tous les deux et on nous a demandé de jouer pour l’anniversaire d’un pote. Alors on a demandé à Momo (ex-batteur de Bell Oeil) de venir donner la pulsation. Et voilà. Mais ça a toujours été le projet un peu familial (NdY: Boochon et Babette sont en couple). On faisait ça quand on avait un peu de temps entre tous nos différents projets. Mais on a toujours eu une quinzaine de dates par an avec les Lions sans jamais vraiment les chercher. C’étaient parfois des plans roots, mais on s’est toujours bien amusés avec ce projet. Donc là, dernièrement, on a eu envie de relancer la machine et de mieux s’en occuper.

Ça coïncide avec l’arrivée de Freddy à la guitare?

Boochon: On cherchait déjà de nouvelles directions. On avait l’impression de tourner un peu en rond. C’est pas simple: deux cuivres et une grosse caisse, c’est limité pour varier les ambiances. On a pensé à incorporer des machines mais ça nous plaisait qu’à moitié. Et on s’est trouvé à enregistrer quelques chansons avec Freddy, qui est donc également producteur en plus d’être un très bon guitariste. Il nous a donc proposé des choses à la guitare et ça collait super bien. Ça emmenait le projet ailleurs. Et il nous a spontanément demandé si on voudrait bien de lui dans le groupe, même pour des déambulations. Il s’est fabriqué un système avec un petit ampli portatif…

Pourtant, j’ai l’impression que vous en avez un peu marre d’être la fanfare de service?

Boochon: En fait, c’est vrai qu’avant l’arrivée de Freddy, on cherchait à faire plus de scènes et moins de rue parce qu’on en avait un peu marre des festivals qui nous demandaient de faire les interludes en déambulation. En même temps, si on avait un peu plus bossé pour trouver des dates, on aurait peut-être trouvé mieux que ça! (rires) Mais depuis que Freddy est arrivé, on a repris du plaisir à faire de la rue parce qu’il a profondément modifié ce qu’on pouvait y faire. Du coup, c’est génial de pouvoir alterner les deux, scènes et rue. C’est pas du tout la même énergie.

Babette: On est dans une période où on rencontre de plus en plus de groupes avec un instrumentarium un peu différent des sempiternelles basse/guitare/batterie et qui dégagent une énergie très rock quand même. Je renie pas les fanfares, j’ai appris à jouer dans une harmonie municipale. La rue, c’est une super école, il faut tout donner pour garder le public. Mais il y a des tas d’autres choses à tenter!

D’ailleurs, les trois titres de l’EP donnent une idée de l’éventail des possibilités que vous pouvez explorer…

Babette: C’était le but. C’est pour annoncer notre premier album qui sortira plus tard dans l’année. On y a entend des trucs un peu afro, du punk rock, de la pop, de la transe presque ambiant. D’ailleurs ce morceau qui clôture l’EP était déjà sur notre précédente démo. Mais là il est totalement différent. Freddy apporte plein de nuances avec sa guitare. C’est un morceau en grande partie improvisé. On sait qu’on ne le rejouera jamais deux fois pareil.

Vous ne voulez plus être une simple fanfare, mais vous ne voulez pas non plus être enfermé dans les codes du rock?

Babette: C’est vrai. Ça, c’est un truc qui nous vient du jazz. On n’est pas d’assez bons musiciens pour jouer du jazz pendant une heure et demi. Je suis pas sûre d’en avoir envie de toute façon. Mais ce qui nous plait, c’est la liberté qu’offre le jazz. L’improvisation. Ça, c’est génial!

Boochon: Moi, j’ai toujours mené ces deux parcours de front. Tout gamin, je jouais dans une fanfare avec mon grand-père. J’ai appris le trombone au conservatoire. Puis j’ai écouté les disques de rock de ma soeur à l’adolescence et j’ai appris à jouer tout seul de la basse en les écoutant. J’ai toujours continué à jouer et écouter du jazz, même quand je jouais dans les Dirty Hands. Le jazz, la noise, le punk, les brass band de la Nouvelle-Orléans… Y a plein de trucs géniaux. C’est l’énergie et l’intention qui comptent. Et du coup, parmi toutes les choses que j’ai faites jusqu’à présent, ce projet est celui qui réunit le plus de choses que j’aime: la liberté du jazz, la puissance du rock, le groove, la dissonance. J’ai du mal à imaginer autre chose en ce moment.

Vous jouez bientôt au Chabada en première partie de Konono N°1 (le jeudi 27 Octobre). Ca colle super bien à votre univers!

Babette: Je suis trop heureuse. J’adore ce groupe depuis très longtemps. C’est drôle, parce qu’avant l’arrivée de Freddy, quand on cherchait de nouvelles pistes pour étoffer notre son, j’avais eu l’idée de copier un peu ce que fait Konono en trafiquant des amplis ou des micros sur nos instruments. Avoir ce son un peu cradingue. J’adore leur côté punk-rock, do-it-yourself. Je suis pressée de les voir.

Il y a d’autres groupes avec qui vous aimeriez jouer?

Boochon: À la Roche/Yon, on avait joué avec Jungle By Night, des gamins hollandais qui font de l’afro beat. C’était dingue. On vit une époque géniale! (rires)

Babette: On adore des tas de choses différentes. Après, si on doit chercher des affiches cohérentes avec Des Lions Pour Des Lions, je me dis que ça serait mortel de pouvoir jouer avec The Ex ou l’Orchestre Tout-Puissant Marcel Duchamp.

CHRONIQUE:

Des Lions Pour Des Lions – EP (Autoproduit)
des-lions_coverUne première démo de Des Lions Pour Des Lions était sortie en 2010. Puis plus rien. A part des concerts. Et deux participations explosives à nos soirées «Sors Tes Covers» (avec des reprises gargantuesques de The Clash et The Rolling Stones). Faut expliquer que les loustics sont déjà bien occupés avec des tas d’autres projets à côté. Alors autant vous dire qu’on est hyper heureux de voir débouler ce nouvel EP, même s’il ne contient que trois titres. Le trio d’origine (Boochon + Babette + Momo) a récemment adopté un guitariste qui va définitivement les imposer comme un vrai groupe, et non plus comme une fanfare à qui on demande de déambuler dans les festivals. Ces trois nouveaux morceaux ne sont d’ailleurs pas particulièrement festifs. Écoutez le très beau «7 Sales Temps» qui termine cet EP sur une superbe ascension mélancolique, comme une rencontre impromptue entre Dead Can Dance et Sweetback. «Walking in Kaibab» démarre, lui, comme un tube de Manu Chao et finit dans une folie punk-rock à la The Ex. «Ouh Ouh California» est aussi dingue et fun que son titre le laisse supposer. Bref, Des Lions Pour Des Lions jouent du jazz comme des punks, font du rock avec la liberté du jazz, cherchent la transe comme des fans d’electro et donnent autant d’amour au public que le petit orchestre musette sur la place du village. Par les temps qui courent, ce groupe devrait être obligatoire.

L’EP est en écoute sur le site de Des Lions Pour Des Lions: deslionspourdeslions.com