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15 janvier 2018

By Pass : Rap Transatlantique

Quand à la fin des années 70s un bande de gamins du Bronx inventait le hip hop, ils devaient être peu nombreux à imaginer que des décennies plus tard cette musique créerait des ponts entre les artistes par dessus les océans. By Pass est un nouveau collectif incluant des rappeurs d’Angers et d’Austin. Rencontre avec Guitz (MC dans Nouvel R), doyen et instigateur du projet By Pass, avec une petite question bonus pour Blakchyl, rappeuse d’Austin.

Crédit Jaw

Crédit Jaw

Comment est née cette idée d’un projet collaboratif entre des rappeurs d’Angers et d’Austin ?

Guitz : Quand j’ai entendu dire il y a quelques années que des groupes angevins allaient partir à Austin dans le cadre du jumelage de nos deux villes, j’étais allé fouiller sur le Net pour voir si je trouvais des groupes de rap là-bas avec qui il aurait été possible de construire quelque chose. Mais je n’avais rien trouvé de très concluant. Il y a à peu près un an et demi, Lex’A, un des MCs intervenants en ateliers pédagogiques dans notre asso L’R de Rien, est venu me voir pour me dire qu’il avait eu la même idée, et qu’il avait trouvé des pistes pour un groupe intéressant, Mindz of Different Kind. Nous sommes allés écouter et chercher des infos sur le groupe. Artistiquement, ça nous a beaucoup plu, et en plus on s’est trouvés des tas de points communs dans la philosophie (ateliers d’écriture dans les prisons, actions pédagogiques, etc.). On a un peu eu l’impression de découvrir nos cousins texans. (rires) On les a donc contactés par mail pour leur proposer de faire quelque chose ensemble. Ils ont vite été emballés. En mai dernier, j’ai fait tout un périple américain avec ma copine pour nos vacances, et j’en ai profité pour faire une halte deux jours à Austin pour les rencontrer. Et c’est sûr que de voir les gens en vrai, ça a donné un gros coup d’accélérateur au projet ! Chacun s’est occupé de monter des petits trucs de son côté pour financer leur première venue en septembre dernier.

Quel a été le programme de cette première session ?

G: On les avait prévenus que ça serait chargé. Ils ont atterri le dimanche soir après 18h de voyage (dont une escale à Istanbul !). Dès le lundi matin, avec le décalage horaire défavorable dans les jambes, on les emmenait pour trois jours de résidence au studio Tostaky, grâce au Chabada qui soutient le projet. Personne ne s’est plaint, tout le monde avait envie d’être là, ça faisait super plaisir. On a monté notre set commun pendant ces trois jours. Au départ on pensait devoir beaucoup puiser dans nos répertoires respectifs, mais au final il y a quand même beaucoup de nouveaux titres spécialement composés ensemble. On les avait entamés avec des allers-retours sur le Net, et on a pu tout finaliser en studio à Angers. On terminait cette première résidence un mercredi soir, et le jeudi on avait trois concerts ensemble dans la journée ! Le reste de leur séjour a suivi le même rythme : boulot, boulot, boulot ! (rires)

Qu’est-ce qui a été le plus difficile et qu’est-ce qui a fonctionné tout de suite entre vous ?

G: On ne parle pas tous bien anglais dans l’équipe, et eux ne parlent pas du tout le français. Donc parfois la communication a été un peu laborieuse. Surtout au début en fait. Au bout d’un moment, comme chacun y met du sien, et beaucoup d’humour, ça coulait beaucoup mieux. Sinon, je pense qu’ils ont un peu trippé sur le travail qu’on demandait pour préparer le live. Chez eux, les concerts se font beaucoup à l’impro, au freestyle. Là, ils hallucinaient de nous voir répéter 10 heures par jour en résidence, à recommencer encore et encore telle phase ou tel mouvement sur scène jusqu’à ce que ça soit hyper carré ! On a pas mal échangé là-dessus, et je crois que tout le monde a gagné de l’expérience de l’autre. En fait, dès qu’on s’est retrouvés tous ensemble à rapper sur les instrus, tout est devenu très naturel. On parlait alors la même langue. On avait écouté les mêmes disques quand on était gosses, on se prenait des fessées en écoutant les flows des autres, et on devenait surmotivés pour le morceau suivant !

Crédit: Jaw

Crédit: Jaw

Autant de MCs sur une même scène, ça peut vite être compliqué à gérer, non ?

G: Il y a quelques années, avec Nouvel R, on avait monté le projet Hip Hop Kanou avec des rappeurs maliens. On était déjà 7 rappeurs sur scène. Donc j’avais beaucoup appris à ce moment-là. Cette expérience m’a bien servi pour By Pass. Je savais qu’il y aurait des compromis à faire, qu’il allait parfois falloir s’effacer, et que chaque intervention devait être réellement percutante. Tout le monde a vite intégré ces paramètres. Ca nous a aidés à travailler plus vite. Sur scène, il y aura donc les deux beatmakers qui gèrent les instrus en direct, et 7 ou 8 MCs suivant si tous les Américains peuvent venir. Ca tabasse bien ! (rires)

Tu peux nous présenter toute l’équipe d’ailleurs ?

Côté texan, ce sont donc les membres du groupe Mindz of Different Kind (MDK), soit trois rappeurs (Pip Demascus, Chi Clopz et BZA), une rappeuse (Blakchyl) et un beatmaker (FloBama) dont on a découvert en Septembre qu’il pouvait aussi super bien rapper ! (rires) Chez les Angevins, il y a Lex’A, Cerbère (de Cerbère & Makawa), un jeune MC vraiment très fort qui s’appelle Flo (Ar Mitik), et moi (Nouvel R) aux micros + Spectateur pour les instrus.

Le groupe se retrouve en Février ?

Le projet était conçu en trois étapes. La première en Septembre pour construire le set en commun, enregistrer les morceaux. La seconde en Février pour la sortie du disque et la tournée dans quelques villes françaises (Agen, Angers, Paris…) + pas mal d’actions pédagogiques dans des lycées angevins, et on espère la troisième étape au printemps au Texas pour se frotter au public de là-bas.

Blakchyl, ça doit être étrange de recevoir un mail de Français dont on a jamais entendu parler pour vous proposer de travailler ensemble ?

Blakchyl : C’est clair qu’on a eu un peu de mal à y croire au début ! (rires). Du moins, on ne savait pas trop ce qu’on devait croire, mais une chose est sûre, on était hyper excités à la fois de découvrir les détails du projet et de trouver des moyens pour le concrétiser. On ne connaissait pas grand chose au hip hop français avant de rencontrer les gars. On s’est vite rendus compte qu’en dehors de la langue dans laquelle on s’exprimait, on se retrouvait sur des tas de choses, que ce soit le fond ou la forme de notre musique. Au départ, il a fallu qu’on trouve nos marques mais plus les heures passaient dans le studio et plus on commençait à se sentir comme un véritable groupe uni, à chercher ce qui collerait le mieux au collectif plutôt qu’à la somme de ses individualités.

By Pass sera en concert au Chabada le jeudi 22 février 2017.