Scène Locale

28 mai 2017

BIG WOOL – De fil en aiguille

Big-Wool

Big Wool. Une grosse laine. Effectivement, la musique des Angevins évoque plus les lacs gelés du Canada qu’une grosse bamboula sous les Tropiques. Leur premier album risque néanmoins de vous accompagner bien au delà des beaux jours tant leur post-rock teinté de pop lumineuse est accrocheur. Avant de vous laisser découvrir le disque dans quelques semaines, nous avons rencontré Maxime (chant, guitare) et Guillaume (basse) qui reviennent avec nous sur la genèse de ce disque qui les a eux-mêmes un peu surpris…

La naissance de Big Wool est un peu cafouilleuse. Vous pouvez nous dire qui est à l’origine de quoi?

Guillaume: Au départ, c’était juste Nico (l’ancien guitariste de VedeTT) et moi qui voulions tenter des morceaux un peu shoegaze, même si ça n’en n’est plus vraiment aujourd’hui. Mais comme on n’avançait pas à grand chose tout seuls de notre côté, sans chanteur, on a donc assez vite branché Max (le chanteur de San Carol et Death Gazer). Plusieurs musiciens sont passés, partis. On a quand même réussi à mettre à plat une poignée de titres, puis Max est parti lui aussi par manque de temps. C’est Simon de Eagles Gift qui l’a un temps remplacé. Jusqu’à ce que Max revienne finalement. Bref, ça nous a bien pris un an et demi, par intermittence, pour stabiliser le groupe.

Max: A vrai dire, le groupe s’est vraiment stabilisé seulement quand on a voulu entrer en studio. Il nous a alors fallu un batteur (on en avait essayé plusieurs). On a demandé à Vince, le batteur de Pony Pony Run Run, qui au départ ne devait assurer que l’enregistrement en studio. Mais comme ça lui a bien plu, il a décidé d’intégrer le groupe. En fait, le disque s’est vraiment révélé pendant son enregistrement. C’était le but: arriver en studio avec des morceaux pas totalement aboutis pour voir ce qu’ils pourraient devenir avec les possibilités qu’offre le studio. On n’avait même pas forcément l’idée d’en faire un disque. C’était surtout histoire de garder une trace de ces morceaux qui nous plaisaient bien, et d’expérimenter des choses en studio.

Guillaume: Et le résultat nous a tellement étonnés qu’on s’est dit que c’était peut-être dommage de ne rien en faire.

Vous avez une violoniste dans le groupe. Vous pouvez nous la présenter?

Max: Oui, on avait envie d’un violon sur certains morceaux. Simon de Eagles Gift nous a présenté Baptistine, qui vient plutôt de la musique classique. Au départ, ça ne devait être que pour quelques arrangements, mais on trouvait ses interventions vraiment convaincantes, du coup il y a au final beaucoup plus de violon que ce qui était prévu. C’était sa toute première expérience en studio. D’ailleurs, c’était drôle parce qu’elle n’avait jamais réalisé qu’on pouvait enregistrer plusieurs pistes de son violon pour ensuite les empiler pour donner la sensation d’un truc un peu plus orchestral. Ça l’a bien fait kiffer! C’est la première fois également qu’elle jouait quelque chose qui n’était pas écrit. Il lui a fallu improviser. Ça a été un peu un choc culturel pour elle. Mais elle a vite trouvé ses marques. Bref, le courant est bien passé entre nous, elle a donc accepté d’intégrer le groupe.

Il y a des invités sur le disque?

Guillaume: Il y a Denis Pitalua, l’ancien bassiste de San Carol, qui est venu poser de la contrebasse sur «Supertrigger», le dernier morceau du disque. Et il y a Raggy de Zenzile/Sweetback qui joue du sax sur «The Fall».

Je trouve que votre petit plus par rapport aux habituels groupes de post rock, c’est que vous avez également un petit côté pop super efficace.

Guillaume: Ça vient sans doute de nos expériences passées dans nos autres groupes et aussi parce qu’on aime beaucoup les refrains. Mais pourtant on a souvent cherché à gommer ce côté pop quand il se faisait trop visible. On a laissé tomber certains morceaux par exemple. Mais c’est vrai qu’on a parfois lorgné sur des ambiances à la Patrick Watson, qu’on aime tous beaucoup.

Vous sortez l’album sur le très bon label Kütu Records de Clermont-Ferrand. Pour avoir vous aussi une pochette cousue main (la marque de fabrique du label)?

Max: Bien sûr! Ça fait dix ans que je rêve de sortir un disque chez eux pour cette simple raison. Mais en plus je suis un gros fan de leur catalogue. J’ai envoyé le disque à une poignée de labels que j’aime beaucoup, et, à ma grande surprise, ils m’ont tous faits des retours très positifs dans la foulée. Certains ne pouvaient pas le sortir pour des raisons économiques, mais tout le monde était emballé par la musique. Quand Kütu s’est montré intéressé, on ne s’est plus beaucoup posé de questions. En fait, c’est drôle, parce qu’au début, j’avais même posté le disque sur un soundcloud public, je me disais que je ne risquais pas grand chose vu que personne n’était au courant de l’existence même du groupe. Et il y a un petit label américain qui s’appelle Custom Made Music -qui a en plus sorti des trucs que j’aime bien comme Ringo Deathstarr ou Ceremony- qui m’a contacté pour me dire qu’il serait branché pour le sortir!! Je n’en revenais pas! Du coup, on va sortir une édition limitée en cassette chez lui.

Donc vous sortez un disque sur un label, sans n’avoir fait encore aucun concert?

Max: On réfléchit à en faire, même si je pense que Big Wool est davantage un projet de studio. Le truc, c’est qu’avec ce genre de musique, on ne peut pas vraiment jouer partout. C’est difficile à faire en plan roots dans certains caf’ conc’. Il faut quand même un certain confort d’écoute pour que les gens puissent apprécier notre musique. Il faut accepter une certaine lenteur, etc. Ça ne se prête pas si facilement aux lieux qui ne sont pas complètement dédiées à la musique. Et on n’en est pas à pouvoir jouer dans le réseau des SMAC (les salles du type du Chabada) parce qu’on ne ferait venir personne sur notre nom. L’idéal pour nous, ce serait des salles du niveau du Joker’s Pub, avec une petite jauge et un bon confort d’écoute. Mais ce n’est pas si fréquent.

Je me suis demandé si c’était toujours toi qui chantais, Max? Je ne reconnaissais presque pas ta voix.

Max: C’est drôle, tu n’es pas le premier à me dire ça. Et pourtant c’est ma façon la plus naturelle de chanter. C’est plutôt dans San Carol, où je travaille le plus mon chant. On a un nouveau morceau qui n’est pas sur l’album, une sorte d’hommage à David Bowie, et quand je l’ai fait écouter à ma copine, elle non plus ne m’a même pas reconnu! (rires)