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Zenzile : Retour vers le futur

Date de publication : 10 septembre 2009

Zenzile s’est créé un beau jour de 1995. Autant dire que ça ne nous rajeunit pas. Les Angevins vont pourtant toujours de l’avant, refusant de jouer la carte de la facilité et de la redite. Leur nouvel album, « Pawn Shop », est donc une nouvelle facette de leur musique que vous ne soupçonniez pas. Retour sur une aventure humaine et artistique avec Matthieu (basse) et Vincent (claviers).

J’ai l’impression que les vieux fans de Zenzile seront moins perdus avec ce nouvel album qu’avec le précédent ? Avez-vous fait un pas en arrière ou étiez-vous allés trop loin trop vite sur « Living In Monochrome » ?

Vincent : C’est difficile de répondre à cette question dans le sens où nous ne réfléchissons jamais à l’avance à comment nous avons envie qu’un nouvel album sonne. Ce sont les meilleures idées qui naissent au moment de la composition qui vont donner telle ou telle couleur. Il se trouve que, pour « Living In Monochrome », certains morceaux se sont révélés très rock, mais du coup c’est vrai que ça a peut-être donné un album plus éclaté qu’à l’habitude, qui ressemblait davantage à une compile de ce qu’on savait faire plutôt qu’à un album cohérent, en partie dû au fait aussi qu’on avait pas mal d’invités très différents. Pour « Pawn Shop », on a voulu éviter de refaire ça. Mais la couleur encore une fois très rock, même si c’est un rock plus posé, s’est imposée naturellement. Ce n’était pas intentionnel.

Matthieu : Ce qui n’empêche qu’on assume totalement le disque d’avant, c’est ce qu’il nous fallait à ce moment-là. Je trouve que par bien des côtés « Pawn Shop » est la suite logique de « Living In Monochrome », même si le disque est effectivement plus calme. Comme disait Vince, on a tiré les leçons de ce qui nous plaisait moins sur le précédent pour faire quelque chose de plus concis, avec moins d’invités qu’on ne pourrait jamais avoir sur scène avec nous. Sur dix titres, il y en a huit avec du chant (cinq pour Jamika, ce qui te fait peut-être aussi penser à un retour aux sources, et trois pour David), et ça, ça aurait été aussi choquant pour le public si on avait pas fait « Living In Monochrome » avant. Pour moi, « Pawn Shop » est un peu à « Living In Monochrome » ce que « Totem » avait été à « Sound Patrol ». On a fait plus ou moins les mêmes constats pour arriver aux mêmes conséquences. Je pense que le parallèle entre « Totem » et « Pawn Shop » fonctionne d’ailleurs sur pas mal de points…

Ce sont déjà sans doute vos deux albums qui contiennent vos deux plus beaux morceaux de clôture : « Lacrima » sur « Totem » et « Caution Horses » sur « Pawn Shop ». Les deux morceaux sont très différents, même si très évolutifs, mais ils clôturent les disques de manière magistrale tous les deux.

Vincent : A la toute petite différence que « Lacrima » était un bricolage de studio, où on a recopié le morceau deux fois de suite avec des variantes de production, alors que « Caution Horses » est joué de bout en bout, et qu’à mon sens le côté évolutif fonctionne encore mieux…

J’ai trouvé qu’il se dégageait une certaine sérénité de cet album. Tout coule de source. Il y a une place pour chaque chose, et chaque chose a sa place. C’est varié tout en étant cohérent. Vous en étiez conscients à l’enregistrement ?

Vincent : Le fait que les titres soient plus calmes doit aussi donner cette sensation de sérénité. Mais c’est vrai qu’avec l’expérience on a compris plusieurs choses sur nous aussi. On sait aujourd’hui qu’on jouera bien mieux si on ne se met pas de pression. Que ce n’est pas la peine de se mettre des barrières insurmontables quand on est en studio, qu’on ne pourra pas mieux jouer ce jour-là que ce qu’on est capable de faire. Du coup, on y va comme on est, avec ce qu’on a à dire, et ça se passe bien en général. Contrairement à avant aussi, on est arrivés en studio en ayant quasiment tous les morceaux de prêts. On a dû en composer un seul en studio. Donc c’est plus zen, tu sais où tu vas…

Matthieu : Il y a aussi le fait que pour la première fois les morceaux finalisés ressemblent à ce qu’on en jouait dans le local de répétition, car il y a très peu d’overdub à la production. C’est joué de manière très rock, alors que pour les disques précédents il y avait toujours un gros travail de production dub qui retravaillait toutes nos prises. Du coup, on pouvait jouer des choses en studio qu’on n’entendait pas au final sur le disque, ou très différemment. Ce n’est presque pas le cas sur « Pawn Shop », où on entend tout le monde sur tous les titres. Je pense que ça aide aussi à atteindre une certaine sérénité puisqu’on est en terrain connu. Peut-être aussi qu’on est arrivés à un stade où tout le groupe est sur la même longueur d’onde. On a eu trois guitaristes différents dans le groupe, et à chaque fois la personne a apporté ce qu’elle était dans le groupe et ça prend toujours un peu de temps pour arriver à ce que tout le monde trouve ses marques. Il y a eu Jaja à la création du groupe jusqu’à la sortie de « Sachem In Salem ». Puis Scott sur cinq disques jusqu’à « Totem » et le « 5+1 » avec Vincent Ségal, qui étaient eux aussi des disques assez sereins. Et enfin Alex qui joue avec nous depuis cinq disques aussi (si on ne compte pas le maxi tiré de « Metà Metà »). C’est peut-être le temps qu’il faut pour trouver une certaine plénitude…

Vous allez bientôt fêter vos quinze ans d’existence. Qu’avez-vous l’impression de savoir faire aujourd’hui qui vous manquait à vos débuts ? Et qu’avez-vous du mal à retrouver ?

Matthieu : Dans un premier temps, je pense qu’on est super fiers de voir que les retours sur nos disques soulignent tous le fait qu’on a un son bien personnel. C’était quelque chose qui nous tenait à coeur dès le début : trouver notre propre son qui ferait qu’on reconnaîtrait Zenzile du premier coup. Et ça ça se construit sur la durée.

Vincent : C’est un peu le cliché qu’on a lu dans tous les premiers papiers sur nous « Cinq musiciens venus d’horizons très différents, etc. », mais quelque part c’est la vérité et ça nous a obligés à ne jamais nous répéter et à sans cesse essayer de nous réinventer, parce que rien n’était jamais totalement acquis et que ce groupe est un perpétuel compromis qui enrichit le propos commun.

Matthieu : Mais pour répondre plus précisément à ta question, on a probablement perdu une certaine innocence, ce côté punk qui fait que tu défriches parce que tu ne connais rien.

Vincent : Mais d’un autre côté on ne se voit pas non plus courir après une jeunesse perdue. Ce côté punk ou un peu expérimental, genre on joue comme des patates mais on s’en fout parce qu’on va de toute façon tout rebricoler au mix, c’est ce qu’il nous fallait à une époque. Aujourd’hui, tout ça nous a peu à peu appris à composer de véritables morceaux et c’est pour ça que ce disque sonne comme il sonne et pas comme « Sachem In Salem », qui était un album de producteur plus qu’un album de groupe. Jaja avait tellement bidouillé les pistes qu’on était incapables de rejouer ça sur scène tel quel ou il aurait fallu dix musiciens supplémentaires ! Aujourd’hui, on sait mieux tous s’imbriquer les uns aux autres pour aller dans une même direction.

Matthieu : Chaque formule a ses avantages et ses inconvénients. C’est juste le résultat d’une évolution.

Et pendant ces quinze ans, est-ce qu’il y a une chose que vous auriez beaucoup aimé faire et dont vous n’avez pas encore eu l’occasion ?

Vincent : Je crois qu’on serait tous super branchés pour faire une musique de film, mais c’est un milieu très fermé qui nécessite beaucoup de contacts. On a déjà eu quelques expériences de ciné-concerts. On avait fait les ciné-yourtes sur des images du vidéaste Lasco avec Matthieu et Raggy. Raggy et moi, on avait aussi rejoué une musique inédite sur le film « Bonnie & Clyde » pour un festival. Mais on a rien fait avec le groupe entier. Donc si un réalisateur nous lit, on aurait des idées !! (rires)

http://www.zenzile.com
Propos recueillis par Kalcha