
Cet été, deux groupes angevins sont partis à la conquête de l’Asie. En plus de la Chine où ils se sont tous deux rendus, Zenzile était en effet programmé au Vietnam et au Laos, tandis que La Ruda parcourait le Japon. Comme plus personne ne pense à envoyer de cartes postales de nos jours, nous avons convoqué Matthieu (bassiste de Zenzile) et Philly (sax de La Ruda) pour un petit débriefing débridé…

Un cliché qui ne s’est pas vérifié ?
Philly : On part forcément au Japon avec des attentes un peu extra ordinaires, presque mythologiques, alors qu’on n’avait en revanche aucune idée de ce qu’on trouverait au niveau de la scène musicale. Or, c’est presque l’inverse qui s’est produit. Finalement, ce qu’on a vu du Japon est très occidentalisé, Tokyo a plus de points communs avec New York –sauf que c’est d’une propreté incroyable- qu’avec les images d’Epinal qu’on a tous du Japon. Du coup, on s’attendait à quelque chose de plus dépaysant. En revanche, musicalement, on a halluciné sur tous les groupes japonais qu’on a pu rencontrer. Le public est très friand de découvertes, il y a du monde aux concerts, les gens viennent te voir après, ils te posent des questions, vont sur ton myspace ensuite, etc. Il y a un vrai suivi. Ce n’est pas de la consommation pure comme c’est parfois le cas en Europe ou aux USA. Ca a été très différent en Chine en revanche, où on n’a pas senti la population locale très interpelée pas notre présence. Bon, déjà, les Chinois travaillent énormément donc ils ont finalement peu de temps pour les loisirs qui en plus restent très peu abordables pour des petits salaires. Et culturellement, on les a un peu habitués à se méfier de ce qui est étranger.
Matthieu : Moi le cliché qui a peut-être le plus pris du plomb dans l’aile c’est que Pékin est finalement une ville très laide. Je m’attendais au contraire à découvrir la ville historique chinoise par excellence avec une architecture spéciale, etc. En fait, ils n’ont gardé que 1% de la vieille ville. Y a des buildings et des autoroutes partout, c’est dix fois plus pollué qu’à Los Angeles, tout est en béton, c’est absolument horrible. Une sorte de fourmilière sans aucune âme. Les gens ne peuvent pas s’épanouir dans un cadre comme celui-ci, c’est impossible. On a quand même eu de la chance car on a joué dans un club tenu par un particulier et non dans le cadre des Centres Culturels Français comme pour les autres concerts. La population était donc une population locale même si le prix de la place (12 euros) a probablement fait qu’on avait la jeunesse dorée pékinoise mais c’était un public assez connaisseur quand même.
Une image marquante ?
Philly : C’est difficile de retenir qu’une seule image parce que quand tu pars comme ça une quinzaine de jours, tout est ramassé, c’est de l’intensif, donc tu vas de calotte en calotte. Je dirais quand même notre concert au Fuji Rock Festival au Japon qui est un des plus grands festivals du monde. Tu es à 1600m d’altitude, t’as une vingtaine de scènes. C’est comme si on organisait un immense festival au Val d’Isère. Techniquement et logistiquement, c’est un truc de malade. Mais du coup, tu te retrouves à jouer dans un cadre absolument paradisiaque. C’est dingue parce qu’au final la programmation ressemblait pourtant à ce qu’on peut voir dans les grands festivals européens mais le cadre naturel, les gens et l’organisation complètement différente faisaient qu’on hallucinait sur tout ! L’accueil technique était aussi incroyable. Par exemple, les techniciens sur le plateau où on jouait nous ont accueillis par nos prénoms, ils étaient allés écouter nos morceaux sur le Net, avaient regardé des vidéos sur youtube pour savoir quels types de lumière on voulait sur scène, etc. On n’en revenait pas !
Matthieu : Nous, on a joué dans des conditions beaucoup plus roots, donc musicalement on n’a pas forcément des souvenirs marquants comme ceux qu’ont pu vivre La Ruda. C’est surtout humainement que l’expérience aura été marquante pour nous. C’était génial de nous retrouver à jouer devant des gens qui ne nous connaissaient de nulle part. Il fallait tout donner pour les conquérir un à un. C’était comme aux tout débuts de Zenzile quand les gens en France n’avaient quasiment jamais entendu parler de dub. C’était hyper excitant et motivant, comme si on se rachetait une seconde jeunesse. Sinon, je me souviens quand même d’une super soirée qu’on a passée dans une guinguette improbable sur les bords du Mékong à regarder le coucher de soleil en écoutant un groupe folk australien complètement déjanté. Bon, là, on aurait voulu être ailleurs pour rien au monde.

Conditions extrêmes ?
Philly : C’est sûr que ce genre de tournée est crevante, parce que le climat, l’altitude, ou les distances ne sont pas les mêmes que chez nous. Mais t’es tellement au taquet que tu marches à l’adrénaline pendant quinze jours. Le retour en France a été un peu plus rock’n’roll en revanche. On a souvent pensé à ces superstars internationales qui vivent éternellement entre deux aéroports, ça doit te flinguer la santé. Il y avait par exemple Muse qui jouait au Fuji Rock et ils jouaient au Sziget Festival à Budapest quelques jours plus tard, donc j’imagine qu’il y a des jours ils ne doivent même plus savoir où ils sont.
Matthieu : Oui, parce qu’au final ce qui est peut-être le plus crevant c’est justement toute cette attente dans les aéroports pour t’enregistrer, etc. Personnellement, je préfère faire 800 bornes en camion. Là, tu tournes en rond, tu perds ton temps, c’est usant. Comme on jouait dans trois pays, on a fait beaucoup de transport (avion, train, taxi, etc.), le rythme était donc très soutenu. On est par exemple arrivé un lundi à Hanoï, on a direct accusé le décalage horaire qui t’est défavorable dans ce sens-là. Le lendemain soir, premier concert mortel. On rentre à l’hôtel à 2h du mat’ et il fallait qu’on soit à l’aéroport deux heures plus tard pour repartir !! Autant te dire que ce deuxième concert au Vietnam a été un peu mou… Ensuite on a essayé de dormir quand on pouvait et tout le reste de la tournée s’est bien passée. C’est effectivement la sensation de vivre un truc unique qui te fait tenir.
Propos recueillis par Kalcha