
Sexypop s’est fait plutôt discret ces trois dernières années. On aurait même pu croire que le groupe s’était séparé…
On ne s’est jamais séparés. Quand on a sorti l’album « Strange Days » il y a trois ans, on avait trouvé par le biais de notre label At(h)ome un tourneur qui nous avait promis une belle tournée. Finalement, on n’a dû faire qu’une trentaine de dates, dont une dizaine seulement trouvées par le tourneur. Les derniers concerts ont dû se dérouler en décembre 2005, puis il s’est bien passé six mois où on a attendu que le tourneur nous trouve d’autres dates. Au bout d’un moment, il a bien fallu se rendre à l’évidence qu’on ne tournerait pas davantage. On a donc décidé de se remettre à l’écriture d’un nouvel album. Sylvain (le batteur) et moi, on avait tout arrêté pour ne faire que Sexypop, on a donc quand même voulu remettre de l’ordre dans nos vies respectives avant de tout recommencer à zéro. Il a fallu qu’on regagne un peu de thunes, etc.
Savez-vous pourquoi ils ne vous ont trouvé que dix dates ?
Ils ont choisi une mauvaise stratégie. Le tourneur avait en effet décidé de ne pas travailler les caf’ conc’, mais que les premières parties de gros groupes dans des salles type Fédurock (comme le Chabada). C’était une erreur, je pense. Parce qu’un groupe de notre envergure a davantage sa place dans les petits lieux que dans de grosses salles. On avait eu pas mal de promo pour « Strange Days », donc il aurait fallu qu’on joue au moins 80 dates pour enfoncer le clou, même dans des petits rades, et je pense que la donne n’aurait pas été la même pour nous.
Il y a eu du changement de personnel aussi ?
Oui. A l’époque de « Strange Days », notre bassiste était niçois. Il a donc déclaré forfait parce que ça devenait trop compliqué de venir sur Angers, surtout qu’on ne gagnait plus de cachets, donc financièrement c’était clairement plus possible. Il a fallu lui chercher un remplaçant qu’on a finalement trouvé en la personne de Benji, un Rennais. A la fin de la tournée de « Strange Days », on avait également accueilli un second guitariste, qui est nous a plus ou moins quittés au moment où Benji est arrivé. On a quand même réussi à bosser sur des morceaux avec les uns ou les autres courant 2006. Puis Sylvain a dû partir vivre sur Paris pour son taf, ce qui n’a pas simplifié notre emploi du temps. Le disque a finalement été enregistré début 2007 au Staccato Studio à Nantes. Ca fait donc un bon moment que les titres sont prêts.
Pourquoi tant de temps entre l’enregistrement et la sortie ?
Quand le disque a été fini, on en a envoyé une maquette à notre label. On a vite senti qu’il y avait un malaise. At(h)ome a fini par nous expliquer que Wagram, le distributeur avec qui ils travaillent, ne voulait pas nous suivre vu qu’on avait que 1000 disques à placer en magasin. Pour eux, le jeu n’en valait pas la chandelle. Et le label nous a expliqué que sans le distributeur, il ne pourrait pas nous suivre non plus. On a donc finalement décidé de le sortir par nous-mêmes.
Est-ce qu’une distribution nationale est vraiment utile au final pour un groupe comme Sexypop ?
Non, on s’en rend bien compte aujourd’hui. Vu l’état du marché du disque, on s’en tire bien mieux en le vendant par nous mêmes. Au moins, on touche 100% du prix du disque, alors qu’un distributeur en empoche près de 50% d’habitude. Et là au moins on touche l’argent immédiatement. Avec un distributeur, il faut patienter plusieurs mois. Pour te donner un exemple concret, on touchait que 18% du prix hors taxe des ventes de « Strange Days », une fois que le distributeur, le label et autres intermédiaires se sont servis. Le distributeur en touche donc la moitié. Et si le magasin n’a pas tout vendu le stock qu’il avait pris en bac, il les renvoie au distributeur, qui les refacture ensuite au label. On a donc dû repayer 18% des disques invendus !! Mais comme nous étions producteur du disque, c’était à nous de payer le studio. Autant te dire qu’on a perdu pas mal d’argent dans tout ça. En autoproduction, on devrait pas plus mal s’en sortir. Je conseille à tous les jeunes groupes qui viennent de sortir un disque de bien réfléchir avant de s’emmerder à trouver un distributeur, etc. A moins d’avoir beaucoup de promo, une bonne exposition radio ou de tourner comme des malades, ça ne vaut pas le coup.
J’ai posé la même question aux Vilains Clowns et aux Daria qui commencé sensiblement au même moment que Sexypop : la vie est-elle plus dure ou plus simple pour le groupe aujourd’hui qu’à ses débuts ?
C’est difficile de répondre à cette question. Ca semblait plus facile à l’époque, mais on n’était pas les mêmes non plus. Moi, quand j’ai commencé Sexypop, j’avais vingt piges. J’étais étudiant, et j’avais pas grand chose d’autre à faire que m’investir dans le groupe. Aujourd’hui j’en ai vingt-huit, j’ai un taf, une copine, une vie à côté quoi… On ne peut plus forcément s’investir de la même façon. Mais en y réfléchissant, quand on a sorti le premier album en 2003, on a fait une cinquantaine de dates avec les Flying Donuts d’Epinal, sans trop de difficultés, et surtout sans l’aide d’un tourneur. On a vu comment ça s’est passé quelques années plus tard. Mais j’ai l’impression que le vent est quand même en train de tourner. Il y a de plus en plus de caf’conc’ qui se remontent et qui surtout se professionnalisent. Rien qu’à Angers, tu as le « T’es Rock Coco » et le « Jam Club » maintenant. Et aussi les groupes de rock français qui chantent en anglais commencent enfin à avoir un certain succès auprès du grand public et des médias. Regarde les Hushpuppies… Même si ce n’est pas exactement notre créneau, ça ne peut pas faire de mal à tous les autres groupes.

D’après toi, qu’est-ce qui cloche en France pour qu’on n’arrive pas à produire de bons groupes de rock à une échelle internationale ?
Je pense que le système entier n’est pas adapté pour ça. Je fais le son d’un groupe parisien qui s’appelle Hogwash. Je suis parti faire deux tournées en Angleterre avec eux, et je me suis pris une énorme claque là-bas. Je me suis rendu compte qu’on avait des trains de retard par rapport à eux en termes de culture musicale. Le pékin moyen là-bas à une culture musicale rock deux fois plus importante qu’un français de base. En France, même si les mentalités évoluent peu à peu, faire de la musique reste un truc de troubadours. En Angleterre, c’est un taf comme un autre, et tout le monde a sa chance. Les réglementations sont beaucoup plus souples aussi là-bas. En France, d’un côté, c’est bien parce que ça permet à une partie de la population de vivre de sa musique, mais d’un autre, ça en bloque beaucoup aussi. Quand tu dois déclarer tous les membres d’un groupe + les techniciens en France, ça devient rapidement impossible au moindre bar de te programmer s’il veut rentrer dans ses frais. D’autant plus quand le groupe n’est pas connu. En Angleterre, le système est très différent. Les promoteurs organisent beaucoup de concerts, ils tentent souvent le coup , même si le groupe n’est pas très connu. Bien sûr tu n’es pas payé une fortune (entre 150 et 300 euros la date), mais tu fais ce que tu veux de cet argent. Tout est légal, mais tu n’as pas à le déclarer à qui que ce soit, tu le réutilises comme tu en as besoin. En France, c’est beaucoup plus légiféré. Soit c’est l’argent du groupe, soit c’est l’argent des membres du groupe. Et tu n’as pas le droit d’en faire les mêmes choses.
Le public est très différent aussi.
Oui, carrément. Si le concert leur a plu, ils vont t’acheter le skeud, le tee-shirt, t’envoyer des messages sur myspace, etc. Il y a une culture du fan beaucoup plus imprégnée que chez nous. En France, il y a une toute petite partie du public qui est comme ça. Et ils ont la culture de la teuf et du rock, point barre. Même dans les autres styles de musique… N’importe quel Dj français qui est allé mixer à Londres te dira que les gens là-bas sont complètement à fond. A 10h du soir, ils font la queue devant le club. A 11h, tout le monde est sur la piste. En France, on attend 2h du mat’, pour être bien sûr d’arriver quand il y a déjà du monde… C’est pas la même mentalité.
Ce qui est drôle, c’est que beaucoup d’artistes étrangers adorent venir jouer en France parce qu’ils disent que le public français a une sensibilité artistique bien plus développée qu’ailleurs…
Ca ne m’étonne pas. Je te disais tout à l’heure que faire de la musique restait un truc de troubadours. Sauf quand ça marche où là tu deviens un artiste. Et la notion d’artiste a une longue histoire dans la culture française. On respecte ça à fond. Ce qui n’est pas forcément le cas dans plein de pays, notamment sur le continent nord-américain. Donc je comprends qu’ils adorent venir ici. On les reçoit comme des princes. Là-bas, ils doivent avoir un boulot quand ils ne tournent pas. Ils ont une vie normale. Et il y a une telle concurrence que ça crée une énorme émulation. Ils doivent absolument se détacher du lot pour s’en sortir.
Est-ce que ça veut dire que vous allez essayer de tâter le terrain à l’étranger ?
Je ne sais pas. On a déjà sorti cet album pour se faire plaisir. On l’a sorti en Mai dernier tout en sachant pertinemment que ce n’était pas la bonne période. Donc là on va essayer de remettre un petit coup de promo à la rentrée, faire des concerts… On a un peu l’impression de revenir à nos débuts, sans se prendre la tête. Et ça ne marche pas plus mal comme ça en fait. J’ai effectivement quelques contacts à l’étranger désormais grâce aux tournées avec Hogwash. On leur enverra le disque, pour voir. On prend les choses comme elles viennent maintenant.
D’après toi qu’est-ce qui a le plus évolué chez Sexypop ces dernières années ?
Sans doute le son. On a un nouveau deuxième guitariste depuis quelques mois, et ça change complètement la donne sur scène. Le son est vachement plus massif. Bru, notre ingé son, trouve aussi qu’il n’a jamais réussi à faire aussi bien sonner le couple basse batterie que maintenant. Mais c’est Sylvain qui a décidé de recruter Benji, parce qu’il avait compris que le courant passerait bien entre eux. Je pense d’ailleurs que Sylvain et moi, on a mûri, on a pris l’habitude de jouer ensemble, et du coup il y a une sorte de connivence entre nous qui est difficile à expliquer, mais qui fait qu’on sait beaucoup mieux où on va aujourd’hui. On en parlait l’autre jour. On était d’accord tous les deux pour dire qu’on faisait enfin aujourd’hui exactement la musique qu’on avait envie de faire quand on a commencé Sexypop.
Et qu’est-ce qui vous manque encore ?
En fait, c’est bizarre. Il nous faudrait aujourd’hui les conditions qu’on avait pour le précédent disque : un label, de la presse, un tourneur qui trouve des dates, etc… Avec le recul, on se dit qu’on est entrés dans ce système trop tôt. C’est aujourd’hui qu’il nous faudrait ça. Je pense qu’on y serait mieux préparés, qu’on a changé de point de vue sur le monde de la musique. On a moins d’attentes donc moins de risques d’être déçus. Mais en même temps, peut-être qu’il fallait qu’on passe par cette déception pour avoir ce raisonnement-là aujourd’hui donc c’est difficile de répondre. Aujourd’hui, on veut juste se faire plaisir. Jouer dans un maximum d’endroits pour rencontrer des gens. On a vraiment zéro pression. Et on s’est jamais sentis aussi bien dans le groupe.