
The Velvet Underground – The Gift (Tiré de « White Light / White Heat »)
J.P : (tout de suite) « The Gift » du Velvet !
On a souvent comparé Seconde Chambre à un Velvet français. Ca n’a pas toujours dû être facile à porter ?
C’est un peu comparé une colline avec l’Everest. Pour les fans que nous étions et que nous sommes toujours, ça nous a toujours paru étrange d’être comparé à ce groupe qui représentait une sorte d’idéal. Mais c’est sûr qu’on a toujours beaucoup écouté ce groupe et qu’il nous a fortement influencés. Maintenant, je n’ai pas l’impression qu’on ait essayé de les copier. On avait plus l’impression à l’époque d’avoir trouvé un groupe avec qui nous partagions une certaine sensibilité. Parfois même au delà de la musique…
Comment et quand as-tu découvert le Velvet ?
Grâce à un copain qui écoutait beaucoup Lou Reed. J’ai fini par découvrir que ce type qui avait fait le tube « Walk On The Wild Side » avait joué dans un groupe auparavant. J’ai dû acheter le premier album à la Banane vers 1976 ou 1977. Et j’ai eu l’impression de me découvrir dans ce disque. A l’époque, peu de gens s’intéressaient au Velvet. La presse française spécialisée Punk allait remettre le groupe au goût du jour deux ou trois ans plus tard… Ca doit forcément sembler bizarre aux jeunes d’aujourd’hui puisque le Velvet est devenu une institution, cité en référence par un groupe de rock sur deux. Mais au départ, ce groupe détonnait dans le paysage… Et le Velvet m’a amené rapidement à écouter un autre groupe de New York qui explorait les bas-fonds de la ville mais aussi de l’âme humaine : Suicide. Avant eux, je faisais un blocage sur les groupes qui utilisaient des claviers ou des boîtes à rythmes. Mais Suicide m’a montré qu’on pouvait y donner de la vie !
Il y a un album en particulier du Velvet qui te tient à cœur ?
Le troisième qui porte simplement leur nom m’a beaucoup étonné. On avait l’impression d’entendre un groupe complètement différent. Après la fureur bruitiste de « White Light / White Heat » qu’on écoute là, ce troisième album était tout en douceurs. D’ailleurs, Lou Reed aurait expliqué à l’époque qu’on leur avait volé les pédales des guitares à l’aéroport… Mais, bon, avec Lou Reed, il faut se méfier, c’est pas toujours simple de démêler le vrai du faux…
Joy Division – Digital (tiré de « Substance »)
(tout de suite) « Digital » de Joy Division ! On reprenait ce morceau sur scène…
Un autre nom qu’on a souvent retrouvé dans les papiers sur Seconde Chambre…
Et pas que sur nous. Joy Division a influencé toute une époque de musiciens. En tout cas, c’est clair que c’est LE groupe qui m’a complètement bouleversé. J’entendais chez eux la musique que je voulais faire sans l’avoir réalisée auparavant. Ils synthétisaient tout ce que j’aimais dans des groupes comme le Velvet ou King Crimson, mais en beaucoup plus simple. On leur donne souvent l’image d’un groupe cold wave, très arty, tout ça… Moi, je ne trouve pas. Pour moi, ils étaient avant tout un véritable groupe de punk, qui branchait les guitares et balançaient tout ce qu’ils avaient dans le bide. C’est sans doute plutôt leur entourage (la Factory, leur producteur Tony Wilson…) qui donne cette image arty.
Et tu les as découverts quand et comment ?
En 1980, juste après la mort de Ian Curtis, leur chanteur. Quand le groupe s’est transformé en New Order. Un ami m’a donné une cassette en me disant qu’il n’en voulait plus, que ce groupe était beaucoup trop déprimant pour lui… Une sorte de The Doors en plus sombre… Je n’ai pas adoré tout de suite. Avec mon a priori sur les claviers, il m’a fallu plusieurs écoutes avant de tomber dedans de manière irréversible.
Vous avez même travaillé avec un de leurs collaborateurs ?
Oui, sur la fin de Seconde Chambre, on a travaillé avec Ian Harris qui avait participé au mix de « Still », je crois… On l’avait rencontré grâce au groupe Movement qu’il sonorisait sur scène. On lui a dit l’admiration qu’on avait pour Joy division et il a fini par nous suivre sur les concerts… Ca devait en 1987 ou 1988.
T-Rex – Mambo Sun (tiré de « Electric Warrior »)
(tout de suite) T-Rex !
Vous repreniez aussi du T-Rex sur scène. C’est déjà beaucoup plus surprenant ?
Oui, mais c’était un morceau des tout débuts de T-Rex. C’était beaucoup plus folk psychédélique , moins glam rock que la période de cet album. J’ai toujours trouvé que Marc Bolan avait une très belle voix. J’aimais bien son univers un peu féerique des débuts, peuplé d’elfes, tout ça. J’ai l’impression que la suite de sa carrière lui a un peu échappé. Il a un peu couru derrière le succès, mais a souvent loupé le coche. Comparé à Bowie, que je n’apprécie pourtant pas beaucoup, qui a toujours senti où il fallait être pour trouver son public.
Y a-t-il d’autres artistes qui ont compté pour toi mais dont personne ne parlait jamais dans les articles sur Seconde Chambre ?
J’ai toujours adoré Peter Hammill, le chanteur de Van Der Graaf Generator, mais surtout sa carrière solo avec les albums « The Future Now » et « PH7 ». Pour moi, ce type n’a pas la reconnaissance qu’il mérite. Il a clairement son univers, très expérimental. Et c’est un chanteur extraordinaire. J’aimais beaucoup aussi Kevin Ayers qu’on reprenait sur scène. Il jouait auparavant dans Soft Machine… J’adorais Captain Beefheart aussi. King Crimson…
Beaucoup de gens qui venaient du rock progressif donc… C’est plutôt bizarre pour un groupe issu de l’after-punk ?
A vrai dire, j’ai jamais vraiment écouté de groupes punk. L’esprit punk me plaisait beaucoup plus que la musique. Et on a essayé de synthétiser cet esprit avec une musique assez expérimentale. En y réfléchissant, je me dis que je suis passé du Velvet à Suicide, en sautant toute la période punk. Toute la fin des 70’s presque. A part les carrières solo de Lou Reed et John Cale… Et je pense qu’à l’époque j’avais un côté un peu snob qui faisait que j’avais envie d’écouter les groupes que les autres trouvaient inécoutables : Faust, Throbbing Gristle, les groupes de la vague No Wave…
Et côté français ?
J’ai démarré en écoutant les premiers Gainsbourg comme un fou. J’écoutais Barbara, Piaf, les premiers Ferré… J’ai toujours été un fan de chanson, j’aime le cadre qu’elle impose avec sa mélodie, son refrain. Et contrairement aux apparences, la simplicité est ce qu’il y a de plus dur à obtenir.
C’est un peu schizophrène d’aimer à la fois la simplicté de la chanson et l’expérimentation du rock progressif ?
Très certainement ! Mais j’ai justement toujours adoré ces basculements de l’un à l’autre. Lou Reed et John Cale n’ont pas arrêté de faire ça dans leurs albums solo… je pense qu’on retrouve ça aussi dans la musique de Seconde Chambre.
The Stranglers – Nice N’ Sleazy (tiré de « Black & White »)
(longue hésitation) C’est plus récent que T-Rex en tout cas… The Stranglers, non ?
Oui, avec le morceau dont Zenzile s’est inspiré pour un titre de leur premier album. The Stranglers a toujours été un peu à part dans la scène punk : trop littéraires peut-être ? J’ai l’impression que ça a aussi été le cas pour Seconde Chambre qu’on a voulu caser dans la cold wave alors que…
Probablement, oui… Mais un groupe comme Marquis De Sade était encore plus « littéraire » que nous. Ils cultivaient délibérément un côté dandy, décadent… J’ai toujours considéré Seconde Chambre comme un groupe psychédélique. J’ai jamais trop compris pourquoi on nous associait à la scène cold wave ou novö, comme on appelait ça à l’époque. On avait un côté free, impro, que les autres groupes de l’époque n’avaient pas du tout.
Jesus & Mary Chain – Just Like Honey (tiré de « Psychocandy »)
(tout de suite) Jesus & Mary Chain !
Seconde Chambre a démarré en 1983. Ce disque de Jesus & Mary Chain, qu’on considère souvent comme le disque qui a inventé la noisy pop, date de 1985. Or, je trouve que vos disques sonnaient déjà comme ça à l’époque…
Seconde Chambre était un groupe noisy par la force des choses. On mettait toujours tout à fond, donc je ne vois pas comment ça n’aurait pas pu être noisy. C’était très inconscient. Jesus & Mary Chain, c’est plus méthodique, j’ai l’impression. C’est des super mélodies à la Beach Boys noyées dans des guitares fuzz. Au départ, c’est un super groupe de pop ! Mais c’est vrai qu’on s’est sentis proches d’eux en découvrant ce groupe. Probablement aussi parce qu’on sentait qu’ils avaient usé leurs disques du Velvet… Même si finalement je n’ai pas trop écouté les autres groupes noisy ou shoegaze qui ont suivi comme My Bloody Valentine, tout ça… A part peut-être les Spacemen 3.
Zenzile (feat. Jamika) – Who’s For Real (tiré de « Living In Monochrome »)
(long silence…) Non, désolé, je vois pas.
C’était le dernier Zenzile. Ils sont aujourd’hui un des groupes angevins les plus connus. Seconde Chambre a été le tout premier groupe angevin à sortir un disque remarqué à un niveau national. Tu as suivi ce qui s’est fait dans la scène locale ensuite ?
Plus vraiment. A un moment, vers 1995/96, je suis parti à l’étranger, et je n’ai presque plus écouté de musique. Du coup, je me suis complètement déconnecté de tout ça. J’ai écrit un roman… Je suis le premier surpris de cette envie qui m’a pris de remonter le groupe pour ce concert. Je ne sais pas d’où on revient, mais c’était loin…
Le choix de Zenzile n’était pas tout à fait anodin. Jaja, le guitariste qui avait co-fondé Zenzile en 1995, avait tenu la basse dans Seconde Chambre à la fin du groupe.
Oui, il sera d’ailleurs avec nous au Chabada, pour une partie du concert. Il vit à Toulouse désormais. On a quand même fait quelques répètes, et je suis très heureux de comment ça se passe.