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Sweetback : They’re back, they’re proud

Date de publication : 10 septembre 2009

Vous les avez peut-être vus en concert et avez été dégoûtés à la fin de voir que leur unique album était déjà épuisé depuis de nombreuses années. Rassurez-vous, ça a fait ça à plein de monde. Mais voici une raison de vous réjouir : presque dix ans après « Amok », Sweetback sort enfin un nouvel album ! Petit café avec Raggy (sax), Kham (contrebasse) et Mehdi (batterie) après la répète.

Ca fait presque dix ans qu’on attend la sortie de ce disque. Maintenant qu’il est là, vous pouvez nous le dire franchement : est-ce que vous pensiez vraiment pouvoir le sortir un jour ?

Raggy : Ca fait dix ans que le premier est sorti, donc ça peut pas faire dix ans que tu attends le second. (rires) La notion de temps n’est pas la même suivant du côté où tu te places. Il faut déjà savoir que le premier disque est arrivé très tôt dans l’histoire de Sweetback. Fabrice du label Shoshin Sounds nous a proposé de sortir un album à l’issue de notre deuxième concert ! A l’époque on avait donc pas du tout à l’idée de sortir un disque. Il a par conséquent fallu trouver le temps de l’enregistrer. Peu de temps après sa sortie, les choses se sont alors accélérées pour Zenzile et Lo’Jo qui se sont en plus retrouvés sur des calendriers similaires d’enregistrement d’albums et de tournées. Du coup, ça devenait très difficile de se voir. Ce qui nous a sauvés presque, c’est que Lo’Jo a mis plus de temps que prévu pour enregistrer un de leurs albums et, du coup, ça a créé un décalage avec l’agenda de Zenzile, ce qui nous a redonné du temps libre en commun.

Mehdi : On avait même eu l’idée de sortir un maxi vinyle à un moment vu qu’on trouvait jamais le temps d’enregistrer un album complet, puis pour diverses raisons ça ne s’est pas fait.

Kham : Et au bout d’un moment, d’une session à une autre, on s’est quand même rendus compte qu’on avait pas mal de nouveaux morceaux. Donc le débat d’un nouvel album a refait surface.

Mehdi : Oui, parce qu’au final, même si on ne sortait rien ou même qu’on tournait très peu, on a continué à composer coûte que coûte. On s’est donc retrouvés un beau jour avec treize morceaux inédits, ce qui n’était pas le cas il y a deux ans encore. Et comme on avait un peu de temps devant nous, la question ne s’est pas posée très longtemps.

En dix ans, le marché du disque a beaucoup changé. Vous ne vous êtes pas dit que ça ne servait plus à grand chose ?

Raggy : Je pense qu’il est encore un peu tôt pour enterrer le disque. Déjà parce que toute une frange des professionnels (programmateurs, journalistes…) travaillent encore beaucoup avec le disque, donc c’est compliqué d’exister sans l’objet. Et puis il y a encore une bonne partie des gens qui constituent notre public, probablement plutôt des gens de notre génération, entre 30 et 40 ans, qui préfèrent acheter un objet plutôt qu’un mp3. Et si on ne se fait guère d’illusions sur ce qu’on vendra en bacs, on sait quand même que beaucoup de gens qui t’ont vu en concert ont envie de repartir avec un disque si le concert leur a plu.

C’est d’ailleurs dingue de voir que vous avez réussi à jouer pendant dix ans sans nouveau disque à défendre, et parfois dans des festivals prestigieux (Transmusicales de Rennes…).

Raggy : C’est vrai que c’est flatteur de voir que des programmateurs nous faisaient confiance sans avoir réellement de nouvelle matière à écouter. Maintenant, rendons à César ce qui appartient à César, on est bien conscient que le fait que Kham joue dans Lo’Jo et moi dans Zenzile nous faisait une sorte de carte de visite.

Quelle est la différence majeure entre ce nouvel album et « Amok » ?

Raggy : Je dirais que nous avons cherché à mieux travailler les compositions là où, sur « Amok », on jouait parfois la facilité en privilégiant l’énergie. Ici, on s’est quand même bien creusé la tête pour faire des morceaux cohérents, travaillés. L’autre différence assez évidente est le nombre d’invités sur le disque. On était tous les trois d’accord pour rester sur une formule trio qui nous convient très bien, mais on ne voulait pas que chaque morceau sonne forcément comme le précédent. On a donc invité des potes par ci par là pour donner des couleurs un peu spécifiques à tel ou tel titre. Cet album est par conséquent beaucoup plus arrangé, moins brut de décoffrage que pouvait l’être « Amok ».

Kham : On sonne de toute façon plus gros maintenant, même à trois. Pendant ces dix ans, on a forcément progressé aussi à titre individuel sur nos instruments et sur la manière de les faire sonner.

Entre le nom du groupe qui est une référence au premier film assimilé à la Blaxploitation et le titre de l’album, « The Lost & Found Republic » (La République des Objets Trouvés), on comprend que ce n’est pas parce que vous jouez une musique instrumentale que vous n’avez rien à dire ?

Mehdi : Comme tout le monde, on a nos convictions. Depuis une bonne dizaine d’années, on voit bien que des tas de choses tournent de moins en moins rond dans le monde, et que certains ne font rien pour améliorer la situation. Alors si on peut véhiculer quelques idées par ce biais-là, sans tomber dans la démagogie ou le moralisme, bien sûr qu’on va le faire.

Raggy : Le featuring du rappeur Napoleon Maddox de Iswhat ?! va aussi dans ce sens-là. Quand on lui a proposé de le faire, il nous a tout de suite demandé de quoi on voulait parler, même s’il allait être le seul à mettre des paroles sur le morceau. On lui a donc expliqué le pourquoi du comment du titre de l’album et il a écrit un texte en conséquence. Mais parce que c’est une personne qui aime donner du sens à ce qu’il fait, et c’est aussi la raison pour laquelle on lui a proposé de le faire. On se retrouvait sur beaucoup de choses.

Est-ce que vous allez trouver le temps de défendre ce disque correctement sur scène ? Ou ça risque à nouveau d’être des concerts éparpillés ?

Mehdi : On a une douzaine de dates de fin Août à mi-Octobre donc on est assez content. Ca va nous permettre de faire quelque chose de plus cohérent en terme de communication. Et on va probablement refixer une seconde période entre mi-Janvier et mi-Février où on espère pouvoir caler une dizaine de nouvelles dates. Et bien sûr à chaque fois que les plannings de Zenzile et Lo’Jo le permettront. Au final, si on arrive à jouer entre 25 et 30 dates sur l‘année ça sera déjà un bon début.

Kham : Sachant que Lo’Jo et Zenzile comprennent de mieux en mieux le projet Sweetback aujourd’hui et nous laissent donc davantage de temps pour le travailler de manière un peu plus active. Pour la première fois, on aura une attachée de presse, etc. On a envie que ce disque existe un minimum. Et on sait aussi que pour un groupe comme le nôtre, il est encore possible de tourner deux ans minimum sur un même disque, quand des groupes mieux installés comme Lo’Jo ou Zenzile sont obligés d’avoir un rythme beaucoup plus soutenu pour rester dans la course.

D’ailleurs, comment en êtes-vous venus à créer Sweetback ? Pour exorciser des choses que vous ne pouviez respectivement pas exprimer dans Zenzile et Lo’Jo ?

Raggy : Pas du tout. On jouait ensemble avec Kham depuis très longtemps, dans différentes formations. Et un beau jour on ne s’est plus retrouvés que tous les deux, mais on avait toujours envie de faire des choses ensemble, parce qu’on voyait bien qu’il se passait quelque chose. On a donc créé Sweetback tous les deux dans un premier temps. Et on a intégré respectivement Zenzile et Lo’Jo plus ou moins à la même époque. L’Histoire a fait que ces deux groupes ont pris de l’importance avant Sweetback, parce qu’il y avait une dynamique qui a fait que, mais on n’a pas du tout créé Sweetback pour palier une quelconque frustration ou quelque chose du genre. A l’origine, c’est juste une envie de jouer ensemble.

http://www.myspace.com/sweetbackpow...
Propos recueillis par Kalcha