One-Way Mirror

Miroir Ô Miroir

Date de publication : 3 septembre 2008

Ca ressemblerait presque à un conte de fées. Ca commence par un délire entre potes et, comme par magie, ça se finit en tournée européenne aux côtés des plus grands noms du metal international. Franck Potvin (guitares) nous en raconte un peu plus sur la belle histoire de One-Way Mirror, dans laquelle les princes ne sont pas toujours charmants.

Est-ce que One-Way Mirror signe l’arrêt de mort de Lyzanxia, votre groupe principal ?

Non, pas du tout. On a même réenregistré des titres de la toute première démo avec Lyzanxia qu’on va mettre à disposition sur Internet. Et puis on a les morceaux pour le prochain album de prêts. Dès qu’on trouve trois mois de pause dans le planning de One-Way Mirror, on enregistre le nouveau Lyzanxia.

C’est votre deuxième projet parallèle après Phaze 1. Vous ressentiez l’envie de faire des choses que vous ne pouviez pas faire dans votre groupe principal ?

Non, c’est surtout des délires de potes à la base. Guillaume, le chanteur, nous a appelés un jour en nous disant que ça serait marrant de faire de la musique ensemble. Il est venu chez nous quinze jours pour délirer et on a écrit douze titres. Mais c’était vraiment sans prétention, genre on faisait la teuf en même temps. On a envoyé les morceaux à d’autres potes qui nous ont tous motivés à en faire un album. Du coup, on s’y est attelés chez nous, au Dome Studio.

Pour un truc de potes, vous vous en sortez bien quand on voit la longueur de la tournée européenne qui se prépare…

Oui, c’est devenu un truc super cool ! On a signé sur Metal Blade, le plus gros label indépendant de metal au monde. Ce sont les mecs qui ont découvert Metallica et Slayer. On est super content. Notre batteur joue aussi dans Soilwork, et le groupe a donc insisté pour nous avoir en première partie de leur tournée européenne. Du coup, le batteur va se faire deux concerts de suite… Mais c’est un monstre. Il voulait même mettre à l’affiche un troisième groupe dans lequel il joue. C’est dommage, il ne pourra pas être là pour le concert au Chabada. C’est le batteur de Lyzanxa qui le remplacera.

J’ai l’impression que c’est de loin votre projet le plus accessible. Je me trompe ?

C’est sûr. L’ambition avec ce disque, c’est quand même de se taper un maximum de nanas, et de faire du fric à mort. On a déjà commandé des bagnoles super chères, donc maintenant va bien falloir payer… Plus sérieusement, on nous fait souvent la remarque que c’est plus accessible qu’avant. Pourtant, on s’est pas vraiment dit quoi que ce soit au moment de la composition. C’est venu un peu comme ça…

Je vais peut-être sortir une énormité de néophyte, mais j’ai l’impression qu’il ne s’est pas passé grand chose dans le metal depuis dix ans. Quand j’écoute One-Way Mirror, j’ai l’impression de réentendre mes vieux Machinehead ou Fear Factory… Mais je suppose qu’on peut dire ça de tout style qu’on suit de loin.

Si, bien sûr, comme tous les styles, le metal évolue. Surtout en termes de son et de production. Quand tu écoutes un groupe comme Meshuggah, c’est un truc de malades !!

Mais Meshuggah, c’est un groupe dont beaucoup d’autres groupes –metal ou pas d’ailleurs- se sont toujours inspirés, mais qui est finalement très peu connu du grand public. Ce n’est pas le groupe le plus représentatif de la scène metal.

Non, c’est vrai. C’est sûr que du côté des stars du metal, comme Metallica, par exemple, on ne peut pas vraiment parler d’évolution. Au contraire… Y a quand même quelques groupes qui sortent leur épingle du jeu, comme Mastodon qui vend pas mal tout en proposant leur sauce. Beaucoup de gens nous disent que notre album est super original. Personnellement, je trouve pas vraiment. C’est surtout original dans la façon dont on a fait l’album, en s’amusant. Mais de toute façon, ça fait un moment que je n’accorde plus beaucoup d’importance à ce qu’on dit de notre musique. Pour te donner un exemple, aux Etats-Unis, le magazine Billboard a dit qu’on sonnait comme du Pantera avec la voix de Linkin Park !! Bon, c’est leur vision du truc, donc on ne peut pas critiquer, mais honnêtement je vois pas où ils sont allés chercher ça. J’imagine qu’on ressemble davantage aux vieux Machinehead qu’à Linkin Park, c’est sûr… Je pense aussi que le côté accessible vient essentiellement du chant, parce que Guillaume ne vient pas que du metal. Il a fait des tas de trucs super différents, et du coup il est à l’aise dans plusieurs types de chants, du mélodique au beuglé.

Vous partez donc pour une grosse tournée européenne ?

On part pour 38 dates avec les suédois de Soilwork, et Zimmers Hole de Vancouver, un groupe complètement déjanté. En fait, ce sont les mecs de Strapping Young Lad sans le chanteur. Et on fait surtout les meilleurs pays pour ce genre de musique. On tourne en Allemagne, en Hollande, en Angleterre pour une dizaine de dates… C’est super important, ce sont des pays avec un gros public metal. Rien à voir avec la France. On joue d’ailleurs que trois dates en France, dont Angers et Paris. Ensuite on fait l’Espagne, l’Italie, la Suisse… On évite la Pologne parce qu’on est trop soft par rapport à ce qu’ils écoutent. Ils aiment les trucs ultra-violents là-bas, c’est hallucinant. Ils veulent que ça blaste à 280 pendant 1h30 ! On poursuit en Suède, la République Tchèque… On joue dans des bonnes salles en plus, souvent des jauges à 1200 personnes.

J’imagine que le public réagit très différemment d’un pays à l’autre ?

C’est clair. Une fois on jouait en Suisse, il y avait 1500 personnes qui n’applaudissaient presque pas entre les morceaux. Pourtant, on a fait notre meilleur score de vente de merchandising à la fin du concert ! A d’autres endroits, tu vas avoir des furieux dans la salle, mais qui se cassent sans même savoir qui tu étais à la fin du concert. Tu peux jamais savoir à l’avance… C’est ce qui est génial quand tu pars en tournée. Tu fais une ville différente chaque jour, tu rencontres des tas de gens nouveaux. C’est souvent super enrichissant.

Comment ça se passe financièrement d’ailleurs sur une tournée comme ça

Ce qu’il faut savoir, c’est que ce n’est pas rare que des gros groupes comme Slipknot ou In Flames demandent aux groupes de premières parties de payer pour pouvoir jouer avant eux. Ca peut facilement monter jusqu’à 40 000 euros. Et en plus, tu les suis dans ton camion, tu payes ton essence, tes techniciens, etc. C’est un truc de malade. Nous, on nous a déjà proposé des premières parties de groupes merdiques qui n’avaient pas dû vendre beaucoup plus d’albums que nous avec Phaze 1 et qui nous demandaient 12 000 euros ! Si au moins tu peux profiter du tour bus, du backline, des techniciens, etc., pourquoi pas, y a un calcul à faire. Mais là c’est juste pour avoir le droit de jouer (et accessoirement rembourser les pertes du groupe principal) !! Avec Soilwork, on ne nous a rien demandé. On est payés et nourris chaque soir. Ils nous avaient même proposé de profiter du tour bus, mais je pense qu’on va finalement le faire en van. Ca nous permet d’emmener nos techniciens. C’est une longue tournée, c’est donc mieux de pouvoir la faire avec une équipe qu’on connaît bien. Et puis on ira plus vite en van qu’avec le bus. Ca nous permettra d’arriver avant Soilwork et de visiter un peu les villes. C’est aussi une des raisons pour laquelle on fait de la musique. C’est une bonne manière de visiter d’autres endroits, de revoir des potes un peu partout en Europe. On sait qu’on va bien se marrer…

Et est-ce que la crise du disque se ressent sur une niche aussi spécialisée que le metal ?

Pour l’instant, on ne va pas se plaindre. A chaque nouveau disque de Lyzanxia, on en a vendu davantage que le précédent. Mais c’est sûr qu’il y a du téléchargement. Surtout en France. Notre album, il est à 20 euros en magasin. Je trouve ça inadmissible. Comment veux-tu qu’un gamin de 18 ans ait le budget suffisant pour s’acheter un disque à 20 euros toutes les semaines ? Même si je trouve que dans le metal le public est encore assez respectueux des artistes. Ce n’est sans doute pas là où ça télécharge le plus. Moi, dans l’absolu, j’aurais rien contre mettre toute notre musique en téléchargement libre. C’est sûr que ça te permet de toucher un public immense. Après, faut quand même réussir à récupérer un peu de thunes pour continuer à enregistrer d’autres disques. Ca a quand même un coût qui n’est pas négligeable.

Et quel regard portes-tu sur la scène metal hexagonale ?

Elle s’exporte de plus en plus et c’est tant mieux. Aujourd’hui, beaucoup d’experts ont même tendance à dire que la France est devenue le nouvel El Dorado du metal. On a des tas de bons groupes qui tournent beaucoup comme Gojira, Dagoba, Hacride… Depuis cinq environ, il y a de plus en plus de groupes français à l’affiche des gros festivals européens. On a longtemps été à la traîne par rapport à l’Allemagne par exemple. Mais aujourd’hui le niveau de production des albums des groupes français est bien meilleur que celui des Allemands qui sont souvent restés bloqués sur les 90’s au niveau du son.

Tu as une explication à ça ?

Depuis quelques années, beaucoup de groupes français sont allés enregistrer leurs disques à l’étranger. En plus d’acquérir un savoir-faire, ils ont aussi réussi à se faire un nom en dehors de nos frontières. Ce qui est très nouveau car jusqu’à présent les groupes français avaient une très mauvaise réputation dans le circuit metal. Parce que certains groupes ont fait les kékés en demandant à se faire payer pour donner des interviews, par exemple… Et vu qu’en plus ils n’avaient pas le niveau, ça a fait beaucoup de mal à la scène française. Aujourd’hui, le vent à tourné, même les Suédois parlent des groupes français. Tu prends Gojira, ils explosent tout le monde. Ils sont absolument énormes sur scène, et humainement ce sont des crèmes…

Tu me dis si je me trompe, mais j’ai l’impression que vous êtes beaucoup plus intégrés à la scène locale qu’il y a dix ans, où vous vous teniez un peu plus en retrait.

Je sais pas, j’en ai pas conscience en tout cas. J’ai toujours pensé qu’il y avait de super bons musiciens à Angers, mais j’ai des tas de potes qui ne font pas de musique. Et c’est super important pour moi de ne pas traîner qu’avec des gens de ce milieu-là. Maintenant, c’est vrai aussi qu’avant on avait notre propre studio de répétition à la campagne. Du coup, on avait tendance à s’y enfermer des journées entières, sans pour autant répéter efficacement. On y faisait la fête, on glandait, etc. Aujourd’hui, on répète à la Cerclère, donc on y va vraiment pour répéter. Et on y croise tous les autres groupes d’Angers, dans des styles très différents. C’est super motivant, parce que tu entends ce que font les autres, etc. Tu te prêtes du matos, tu te files des conseils, des coups de main… Finalement, ça crée une sorte de cohésion entre les groupes. D’ailleurs, je suis beaucoup amené à bouger avec mon boulot ou pour le groupe, et je me suis rendu compte que partout où j’allais des gens avaient au moins un disque d’un groupe d’Angers. Y a quand même toujours eu un paquet de groupes sérieux dans cette ville, il faut le reconnaître. Proportionnellement parlant, y en a vachement plus qu’à Paris par exemple. Beaucoup de gens critiquent, mais parce que c’est plus facile de critiquer que d’agir. Moi, je trouve que, culturellement parlant, on n’a quand même pas trop à se plaindre. Et en tant que musicien je trouve ça super agréable de pouvoir partager avec des personnes qui ont déjà une longue expérience derrière eux. Par rapport à d’autres villes, les gens ne se tirent pas trop dans les pattes en plus. Donc c’est sûr qu’on est plutôt contents d’être ici.

Peut-être aussi qu’une des richesses de la scène locale c’est que les musiciens vont souvent jouer dans plusieurs projets très différents. Un même musicien peut se retrouver dans un groupe de hardcore et dans un autre plus electro. Ca le rend forcément plus nuancé…

C’est clair. D’ailleurs à ce propos, faudra que je te fasse écouter mon groupe de zouk sataniste… (rires machiavéliques)

Ecoutez ici :
Kalcha