Lo’Jo

Il Etait Une Foi

Date de publication : 3 avril 2009

Il était une foi. Une foi en soi. En sa musique en tout cas. Comment expliquer sinon qu’un orchestre né dans l’imaginaire de Denis Péan il y a plus d’un quart de siècle continue aujourd’hui encore son exploration poétique et sonore ? « Cosmophono », leur tout nouvel opus, fait à nouveau rimer les notes et tinter les mots. Nicolas « Kham » Meslien (basse) lève le voile sur cette nouvelle étape du grand voyage de Lo’Jo.

Lo’Jo a enregistré une bonne dizaine de disques depuis ses débuts. En quoi celui-ci a été différent dans sa réalisation ?

Pour ce disque, on a eu beaucoup de temps au préalable pour préparer l’enregistrement. Aujourd’hui, avec tous les moyens MAO qui existent, on peut facilement enregistrer des maquettes qui permettent de voir où tu en es, de jauger les morceaux. Pendant un mois et demi, on a donc enregistré des maquettes pour travailler les structures des chansons jusqu’à ce que tout fonctionne bien, que tout soit parfaitement lisible. Du coup, tout a été très vite pendant l’enregistrement des prises définitives. On a enregistré seize morceaux en douze jours, pour n’en garder finalement que douze sur l’album. Tout s’est fait en douceur. Ce qui n’était pas forcément le cas pour les albums précédents, et surtout pas pour « Bazar Savant », le dernier en date, où nous avions enregistré sous pression. Ce qui, avec le recul, s’entend peut-être dans le son de l’album, vraiment en rupture avec ce que nous faisions auparavant. On ne le regrette pas. C’était intéressant à essayer, ça nous a fait avancer…

A la première écoute, « Cosmophono » sonne moins immédiat que pouvait l’être « Bazar Savant » justement. Il nécessite plusieurs écoutes avant de se faire apprivoiser… En revanche, il est plus cohérent, plus ramassé.

C’est effectivement un disque sans single, on s’en rend compte aujourd’hui. Ca rendra peut-être les choses un peu plus difficiles en terme de promotion et de diffusion. Mais je pense que c’est un album qui s’écoute dans son ensemble. Ce n’est pas le genre de disque où tu n’as envie d’écouter que la première ou la sixième. Le disque a son unité, il forme une sorte d’histoire en plusieurs saynètes. C’est probablement aussi notre disque le plus équilibré. « Bazar Savant » était peut-être davantage une collection de chansons, alors que « Cosmophono » est un véritable album, pensé en tant que tel.

C’est aussi votre plus jazzy, j’ai l’impression.

On voulait partir sur des pistes différentes de « Bazar Savant ». On a donc cherché à travailler quelque chose de plus acoustique, même si le jazz n’est pas forcément une musique toujours acoustique. Ceci dit, Philippe Teissier du Cros, un des réalisateurs avec qui on a travaillé sur ce disque, est un féru de jazz. Il a déjà enregistré beaucoup de jazzmen comme le trio Romano-Sclavis-Texier, Archie Shepp ou Julien Loureau. Il aime donc ce feeling jazzy qu’il a probablement insufflé au disque sans en faire un disque de jazz pour autant. Et parmi nos invités il y aussi plusieurs musiciens qui viennent de cette musique : Pierrick Menuau (sax), Stéphane Coutable (basson), Airelle Besson (trompette) et Guillaume Hazebrouck (piano). Ils ont donc forcément apporté leur touche et accentué cette couleur jazzy. Et puis le côté musiques du monde est de toute façon moins prononcé que par le passé, il y a beaucoup moins de percussions par exemple. Ca laisse de la place pour d’autres nuances…

La musique de Lo’Jo n’a jamais été des plus festives mais je trouve que « Cosmophono » est votre disque le plus sombre, le plus grave peut-être…

C’est sans doute vrai. Pour ce disque, outre les textes, Denis a apporté la quasi-totalité de la matière première musicale. Ca s’est fait très naturellement. Il avait probablement beaucoup de choses à exprimer à ce moment-là, et notre travail a surtout consisté à arranger cette matière première. Cela participe donc sans doute aussi au fait que ce disque est plus cohérent que les autres, qui comptaient alors beaucoup plus de compositions collectives, et qui s’en retrouvaient fatalement plus éclatés. Du coup, Denis a apporté des musiques qui collaient à ses textes. C’est plein de poésie, et c’est probablement ce qui donne ce côté un peu grave à l’album.

Depuis quelques années, il y a eu plusieurs changements parmi les musiciens (à la batterie) ou dans le management du groupe. Est-ce que ça influe sur votre musique ?

Les changements de batteur influent forcément puisque ils sont la pulsation de la musique. Chaque batteur aura son jeu personnel qui va guider le groove du groupe. Mais je pense que Lo’Jo s’est toujours accommodé de ces changements. Au début du groupe, il y a eu énormément de va-et-vient. En tout, il y a eu plus d’une centaine d’instrumentistes qui sont passés dans Lo’Jo. Seuls Denis (chant, harmonium) et Richard (violon) sont là depuis le tout début. Récemment, les musiciens ont plutôt tendance à rester plus longtemps. Franck, notre dernier batteur qui a quand même joué sur l’album, est par exemple resté quatre ans avec nous. Mathieu, le précédent, était lui aussi resté quatre ans. Ca te laisse du temps pour créer quelque chose. A partir du moment où chacun donne son meilleur, ça ne pose pas de problème. Au contraire, ça oblige à se remettre en question, à se réinventer.

Comment l’album est accueilli par les professionnels pour l’instant ? Il doit surprendre pas mal de monde ?

Pour le moment, c’est assez positif. On a de bons retours de la presse et une belle tournée qui se prépare. Les gens sont effectivement souvent surpris. Mais au final c’est plutôt une fierté de pouvoir encore surprendre des gens qui nous connaissent depuis plusieurs années. Ca doit vouloir dire qu’on a encore des choses à faire. Et on aurait en plus plutôt tendance à convaincre des gens qui ne l’étaient pas auparavant, donc tout ne va plutôt pas mal.

http://www.myspace.com/lojotriban
Kalcha