La Machine Folle

Rage avec la Machine !

Date de publication : 21 janvier 2009

Chassez le naturel, il revient au galop. Les Zetlaskars ont plus ou moins été obligés de s’arrêter parce qu’ils n’entraient dans aucune case. Le groupe à peine enterré, Antoine (guitare) et Gib (bassiste) décident de créer La Machine Folle, petite structure artisanale faisant office de label et maison d’édition pour pouvoir sortir des séries très limités de projets artistiques non conventionnels. Ca demandait quelques explications.

Comment en êtes-vous venus à créer La Machine Folle ?

Gib : On est déjà parti d’un constat : c’était devenu quasi impossible de trouver un label quand tu avais un projet qui ne rentrait pas dans une case précise. On s’en est bien rendus compte avec les Zetla quand Crash nous a laissés après le premier album. Aujourd’hui, si tu n’as pas le potentiel pour presser et vendre au moins mille disques, tu n’intéresses plus aucun label. Du coup, sois tu ne sors plus de disques, soit tu en sors mais tu perds de l’argent avec les invendus. Or, on a tous toujours eu des tas de projets parallèles à côté des Zetla (NdA : Urban Poizon, Earl, Hatebonz, Tartarin D’Tarace, Tomawok…), c’était donc un peu frustrant de se dire qu’on aurait encore plus de mal à trouver des labels pour ces projets parfois moins accessibles. Donc l’idée c’était de créer une structure associative qui sortirait des projets artistiques en fonction de son réel potentiel. On compte donc sortir des disques à une cinquantaine ou une centaine d’exemplaires, avec l’artwork fait main, etc.

Vous vous limiterez aux disques ?

Non, pas du tout. On ne se fixe aucune limite. On a des projets de livres, de recueils de photos, voire des projets hybrides comme des livres-disques, de la vidéo, etc. Le tout étant juste de trouver des formats originaux pour présenter cela au public. On a d’ailleurs un recueil de nouvelles de Vincent, l’ancien chanteur des Zetla, qui sortira en même temps que nos deux premiers disques.

D’ailleurs qui est au catalogue de La Machine Folle pour l’instant ?

Pour l’instant ça se limite aux projets parallèles des ex-Zetla. Mais on n’exclut pas d’ouvrir à d’autres gens quand on sera bien lancé. Nos deux premières sorties seront les disques de Hungart Thorsen (hiphop bluesy) et celui de La Brume RoZe (spoken word). On a organisé une soirée de lancement au T’es Rock Coco le 16 Janvier dernier. Ensuite, on va essayer de tenir une cadence de sorties assez régulière. On a déjà pas mal de trucs prêts comme le disque de Princesse Ravage (nouveau projet rap déglingué de Elfie, la trompettiste des Zetla). Il y aura probablement un réenregistrement avec un vrai groupe du Hatebonz (post hardcore), et les albums suivants de Hungart Thorsen et de La Brume RoZe sont déjà en cours.

Aujourd’hui, on nous dit que la musique est dématérialisée. Alors pourquoi vous fatiguer à faire des pochettes collées à la main, à trouver des présentations originales, etc. ?

C’est sûr que pour beaucoup de gens c’est devenu un peu dérisoire d’acheter un disque. Mais il reste quand même encore une frange du public qui est toujours amoureuse de l’objet. C’est à cette frange qu’on s’adresse. Dans l’absolu, si on avait les moyens, on sortirait du vinyl. Pour l’instant, c’est impossible. Donc on essaie néanmoins de redonner un caractère un peu collector à nos disques. Et puis d’un point de vue très pratique, ça nous évite d’avoir à investir 5000 ou 10000 euros pour sortir 1000 disques qu’on ne vendra pas et pour trouver 15 dates derrière. La Machine Folle, ça nous permet d’être plus réactif, et de surtout coller avec la réalité. Là, on maîtrise tout de A à Z, depuis l’écriture, l’enregistrement, la fabrication, le packaging, la distribution… Les disques seront disponibles à la vente autour de dix euros (port compris) sur notre site Internet ou dans quelques magasins sur Angers. On veut aussi montrer qu’en supprimant des tas d’intermédiaires qui font mal leur travail aujourd’hui on arrive à un prix du disque beaucoup plus abordable qu’il ne l’est dans les grandes supermarchés du disque.

Ca doit vous prendre un temps de dingue pour fabriquer tous les packaging ?

On s’améliore… (rires) Mais je t’avoue qu’on a du mal à passer sous la barre de la demi-heure par disque. Et pour l’instant on est que deux, donc ça va nous demander beaucoup d’investissement personnel. Mais on cherche aussi à ouvrir les rangs de l’asso. Si des gens sont intéressés pour nous filer un coup de main, on n’est pas méchants ! (rires)

Est-ce qu’il y a un label qui vous sert un peu de modèle dans le genre ?

Sans conteste le label québécois Constellation (Godspeed You ! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think, Vic Chestnutt…). Artistiquement on a toujours été super fans de leurs sorties, de leurs prises de risques. Et ils ont toujours des visuels de toute beauté, réalisés avec des matériaux recyclés, etc. Ces gens ont une véritable éthique et nous ont prouvé qu’il était possible de faire les choses différemment et d’exister. C’est malheureusement trop rare. On a forcément aussi été marqués par des mecs comme Mike Patton qui a monté son label Ipecac pour sortir des disques difficile d’accès d’artistes qu’il apprécie.

http://www.lamachinefolle.com
Kalcha