
Est-ce que vous pouvez nous expliquer le contexte de création de la FEPPAL ?
Marie : J’ai fait un stage universitaire pour la fédération nationale CD1D de Mars à Juin 2009 où je me suis plus particulièrement intéressée aux initiatives présentes en région PACA et Aquitaine où deux fédérations régionales de labels indépendants s’étaient crées : la FEPPIA et PhonoPACA. J’ai trouvé que des fédérations régionales avaient leur place malgré la fédération nationale qu’est CD1D. Ca permet plus de souplesse, d’inclure plus d’acteurs. Pour être membre de CD1D, il faut par exemple au moins cinq références à ton catalogue et trois artistes différents. Dans une fédération régionale, tu peux adhérer dès la première sortie. Avec la FEPPAL, on a par exemple décidé qu’on accueillerait même les groupes autoproduits qui le désireraient. On est beaucoup plus autonomes. Ce qui n’empêche pas d’adhérer aussi à CD1D sur un plan national. Du coup, j’ai contacté plusieurs labels locaux, et je me suis vite rendu compte que chacun galérait un peu tout seul dans son coin. Je leur ai donc proposé de monter une fédération régionale en Pays de Loire. Et nous y voilà !
A quoi servira cette fédération exactement ?
Marie : La fédération sera déjà dans un premier temps une représentation des labels auprès des politiques locaux. Mais aussi elle nous permettra de mutualiser nos connaissances, nos bons plans, entre les différents membres. On connait tous les mêmes soucis de distribution, de SDRM, etc. On veut réfléchir à des solutions ensemble.
Colin : Un petit label a toujours du mal à démarrer car chaque nouvelle étape est compliquée. Dans une fédération nationale, c’est parfois difficile d’exister. On est un peu noyé dans la masse. Ca sera plus facile de trouver ses marques au sein d’une fédération régionale car nous serons forcément moins nombreux. C’est l’idéal pour mettre un pied à l’étrier.
Comment se passera concrètement cette mutualisation de l’information ?
Marie : Nous avons un site internet avec un forum à divers accès (bureau, membres, public…). Dans la partie membres, il y a plusieurs sections qui correspondent aux divers secteurs qui concernent un label comme la distribution, le pressage, le juridique, etc. Les membres de la fédération pourront donc poser leurs questions et trouver des réponses à leurs problèmes sur ce forum. Ils pourront aussi communiquer sur leurs sorties sur la partie public.
Les artistes autoproduits sont les bienvenus dans la fédération. On pourrait penser qu’en tant que labels vous auriez plutôt intérêt à leur donner envie de venir sur vos catalogues respectifs plutôt que de continuer dans l’autoproduction ?
Colin : Pour moi, un artiste autoproduit et un petit label associatif font le même boulot : sortir un disque, communiquer autour de ce disque, pour essayer de le faire entendre par un public. Les autoproduits sont donc embarqués dans la même galère que nous. Il est donc normal de nous entraider. Après, si certains artistes et labels se connectent via la fédération et continuent leur chemin ensemble, ça serait génial. Mais chacun est libre de faire suivant ses convictions. Il y a des autoproduits qui veulent le rester. Et il y a des tas de solutions possibles comme des coproductions entre artistes et labels, etc.
Marie : Mais c’est vrai que cette fédération va aussi jouer le rôle d’une sorte de vitrine pour les labels locaux. Les artistes pourront donc peut-être mieux trouver chaussure à leur pied de cette façon. On sait que beaucoup d’artistes autoproduits ont parfois du mal à trouver un label qui leur correspond esthétiquement, etc. Et souvent ils connaissent très mal les labels existants tout simplement. Ca sera probablement plus facile maintenant.
Et est-ce que cette fédération ne risque pas de dénaturer l’identité propre de chaque label membre ?
Colin : Je ne pense pas. Chaque label reste totalement maitre de sa démarche artistique. Cette fédération est avant tout un outil. Ce n’est pas lui qui fait le travail. Un bon label deviendra peut-être encore plus performant grâce à cet outil. Mais un mauvais label ne deviendra pas un bon label juste parce qu’il a adhéré à la FEPPAL. Tous ces labels sont menés par des gens. Ces gens connaissent tous ou ont tous connu les mêmes difficultés. Ca nous semblait nécessaire de créer un espace –virtuel avec le forum- où ils pourraient se rencontrer et échanger.
Qu’est-ce qui manque aujourd’hui aux labels indépendants pour mieux exister ?
Marie : De la visibilité ! Dans les bacs surtout. Aujourd’hui, si tes disques ne sont pas dans les bacs de la FNAC ou en page d’accueil d’i-tunes, tu n’existes tout simplement pas pour le grand public. C’est un cercle vicieux : tu n’es pas distribué, donc pas visible, donc tu as du mal à être chroniqué dans la presse, donc tu es encore moins visible et tu auras encore plus de mal à être distribué. La fédération veut donc aussi lancer des chantiers pour trouver des solutions alternatives à ce système.
Qui seront ?
Colin : On veut essayer de développer des points de vente innovants (librairies, bars, magasins divers…). On veut aussi renouer des liens avec les médiathèques pour qu’elles puissent avoir nos productions à proposer à la location à leurs usagers. On veut d’ailleurs développer les bornes d’écoute et de téléchargement dans le plus d’endroits possibles. On veut aussi proposer la vente de nos disques dans un Media-Bus, qui serait une sorte de disquaire itinérant. C’est quelque chose de très important pour nous d’aller à la rencontre des gens à qui nous voulons faire connaître nos catalogues. Nous pensons vraiment que le public est très mal informé sur le travail d’un label indépendant, et que notre survie ne passe que par un changement d’attitude envers la consommation de la musique.