Comment et quand est né KilØ ?
Francky : Il y a deux ans, après l’aventure Skeëem, on a eu envie de revenir à des trucs plus gras, plus noise pour s’amuser un peu. On a donc commencé à trois avec Hervé Thomas (Hint, Fragile…) et Mehdi, avec qui je jouais déjà dans Skeëem. Mais très vite on a cherché un bassiste, pour justement sortir de la structure deux guitares et une batterie qu’on avait dans Skeëem. On connaissait bien Laurent (ex-Kyu, El Barön Brissetti) depuis des années, ça nous semblé naturel de lui demander.
Mehdi : Moi je suis un peu le batteur attitré de Francky (NdA : dans Ek-Kha, Skeëem, Subtrack…) donc ça me le faisait carrément de rejouer avec lui. Je n’avais jamais joué avec Hervé mais j’aimais beaucoup ce qu’il avait fait dans Shaking Dolls et Hint. Puis on a tenté diverses personnes pour le chant jusqu’à ce qu’on essaie avec Pierre des Sexypop qui avait la culture et le savoir-faire pour ce genre de musique. L’ironie du sort, c’est que Hervé a désormais quitté le groupe pour des problèmes d’agenda. Or KilØ avait un peu été un prétexte au départ pour que Francky et lui puissent rejouer ensemble (NdA : ils s’étaient croisés dans le groupe Neder).
Franck et toi avez effectivement souvent joué ensemble, dans des groupes à l’esthétique très différente. Est-ce que c’est facile de bien compartimenter les projets. Vous n’avez pas parfois l’impression d’une simple continuité ?
M : Par la force des choses, sans doute un peu. Mon jeu de batterie n’a pas singulièrement changé depuis Skeëem par exemple, même si j’y ai incorporé des plans davantage stoner vu que j’en écoute pas mal aujourd’hui. Pareil pour Francky, il se nourrit forcément de ce qu’il a découvert dans la pop de Skeëem pour le côté mélodique de KilØ. Même si dans le son on recherche quelque chose de plus massif.
Vous avez démarré dans des groupes très heavy (Cut The Navel String pour Franck, Little Big Men pour Mehdi), puis vous avez fait des détours par les machines, par la pop, et aujourd’hui vous revenez à un truc très lourd. Il fallait boucler la boucle ?
F : Je sais pas s’il fallait le faire, mais en tout cas ce n’aura pas été une perte de temps. On aura forcément appris au travers des ces différentes expériences. Ca nous aura permis de bosser de nouvelles pistes. En terme de composition pure par exemple, ce qu’on a fait avec Skeëem a été hyper formateur pour moi. J’ai appris à écrire des vraies chansons, juste guitare/voix, sans penser à l’avance aux arrangements.
D’ailleurs sur le disque, il y a un peu deux parties : une très saignante, et une autre beaucoup plus mélodique. Vous voulez garder cette ligne de conduite à l’avenir ou privilégier une des pistes ?
F : Non, on va simplifier le propos, et plutôt creuser le côté lourd et violent. En fait, ces deux parties dont tu parles sont sans doute dues au fait qu’on se cherchait un peu au départ. Mais aujourd’hui on a tous davantage envie de partir dans une veine hardcore/noise.
M : Même si on tient aussi à garder un côté mélodique, sans pour autant faire de la pop. Mais on ne veut pas tomber dans les clichés metal où ça doit blaster pour le plaisir de blaster. On aime tous les mélodies, donc ça ne disparaîtra pas complètement. Mais ça ne sera peut-être pas autant au premier plan que sur certains titres du maxi, c’est vrai.
Vous ne démarrez pas la musique avec ce groupe, vous avez tous une longue expérience derrière vous. Est-ce que le risque n’est pas que chaque membre du groupe ait sa propre idée de KilØ et veuille l’emmener dans son sens. Avec le recul, c’est peut-être aussi ce qui avait sonné le glas de Ek-Kha, non ?
M : Pour l’instant, c’est surtout Francky qui apporte les bases des compos. Il bosse ça chez lui sur son ordi, enregistre ses grattes, programme des batteries, etc. Ensuite il nous soumet ça, et on en discute tous ensemble. La plupart du temps, on part sur ce qu’il a trouvé, et parfois on apporte nos idées à nous. Dans l’ensemble, on propose surtout des idées d’arrangements. Après rien n’est figé, peut-être que Laurent ou Pierre glisseront des compos à l’avenir, mais aujourd’hui pour des raisons de calendriers on avance quand même beaucoup plus vite en laissant Francky apporter la matière première.
F : Pour revenir à Ek-Kha, la différence aujourd’hui c’est qu’on est plus vieux, on gère sans doute mieux les relations humaines, les attentes de chacun. Et surtout on sait beaucoup mieux se mettre d’accord sur le projet à la base. Ek-Kha, c’était un peu expérimental. On essayait des tas de trucs, et au final personne ne savait trop vers où on allait. Pour KilØ, c’est très différent. On est sur un créneau déjà beaucoup plus balisé.
Est-ce qu’en termes de planning ce n’est pas trop compliqué de jongler entre plusieurs groupes ? J’imagine que ça limite aussi le temps que vous avez à investir dans chacun des projets ?
M : En même temps, tout le monde était au courant avant de commencer le groupe. On connaissait les emplois du temps chargés des gens à qui on a demandé de jouer avec nous, et ces gens connaissaient aussi notre emploi du temps. On fait donc au mieux, et pour l’instant, on s’arrange pas trop mal.
F : Et puis ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut rien faire… Et même s’il y a beaucoup de musiciens à Angers, il n’y en a finalement pas tant que ça qui aiment jouer ce genre de musique, qui ont le niveau et la disponibilité. On retombe donc assez facilement sur les mêmes têtes, avec les avantages et les inconvénients que ça peut avoir.
M : Et puis on n’a pas comme ambition d’être signé sur Roadrunner avec ce groupe-là non plus. On veut juste pouvoir présenter un truc qui tient la route, pouvoir le défendre sur scène assez régulièrement, même si on sait bien qu’on n’est pas sur un style en France qui nous fera sillonner le pays de long en large. Dans un premier temps, si on a la possibilité de jouer dans les endroits cool du Grand Ouest, sans perdre trop de thunes, ça nous ira tout à fait. On a tous un boulot à côté, donc on n’envisage pas une seule seconde que KilØ nous fasse vivre un jour. On fait ça parce qu’on prend notre pied à le faire ! De toute façon, quand on voit que des types comme The Melvins qui sont le nec plus ultra dans ce genre de son n’attirent que 200 ou 300 personnes à leurs concerts en France, on ne se fait pas de films.
Et le disque ? Vous êtes posés la question de savoir si ça valait encore le coup d’en sortir un ?
M : La question du financement se pose toujours, c’est sûr. Nous on arrive désormais à s’en tirer pas trop mal parce qu’avec le temps on a appris à faire les choses par nous-mêmes pour l’enregistrement des prises, tout ça. Mais si tu veux que ton disque sonne un minimum, et c’est quand même mieux pour notre genre de musique, il faudra toujours trouver et payer un mec qui sait mixer. Nous, on a eu de la chance parce que David de One-Way Mirror est un pote et qu’il nous a fait un truc aux petits oignons, mais c’est sûr que pour beaucoup de groupes c’est un investissement.
F : Et puis même si on avait des compétences en mixage, je pense que c’est toujours mieux d’avoir une oreille extérieure pour s’en charger. Ca apporte toujours quelque chose de neuf. On a déjà planifié une autre session en février/mars 2009 pour enregistrer sept nouveaux morceaux. On sortira probablement au autre disque pour pouvoir envoyer aux programmateurs, aux labels, etc. Mais on réfléchit aussi à les mettre sur le Net.