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Hip Hop Kanou

Au Mali, « Kanou » peut se traduire par « Amour », « Volonté », « Partage » selon les contextes. Trois idées qui transpirent indubitablement des propos de Binzen et Sseca, deux des MC’s de Nouvel R, qui nous parlent de ce nouvel échange Angers/Bamako. A voir sur la scène du Chabada le 13 Mars prochain.

Du son et le clip ici :

Sseca : On était déjà partis au mali en 2007 pour quelques concerts, des ateliers pédagogiques et surtout y faire une résidence pour bosser la mise en scène du live. On a été amenés à rencontrer beaucoup de monde là-bas, dont notamment les rappeurs Amkoulell, Mic Mo et Chanana avec qui on a fait quelques freestyles.

Binzen : L’été dernier, Chanana était en Europe. Il nous appelle un soir d’Italie en nous disant qu’il viendrait bien nous voir quelques jours à Angers. Un soir qu’on délirait autour d’un verre, cette idée d’un plateau commun est venue dans la discussion. Comme on avait été reçus là-bas, ça nous semblait logique de leur organiser une tournée ici aussi. Et de fil en aiguille, on s’est dit que ça serait plus drôle si on mélangeait nos différents sets. Et plus simple aussi que de créer un spectacle entier. L’idée, c’était de mélanger les morceaux des uns et des autres, quitte à les modifier un peu en s’invitant sur certaines parties.

Sseca : On s’était dit qu’on ferait quand même deux inédits tous ensemble, histoire de légitimer la collaboration. Et au final, on se retrouve avec cinq morceaux totalement inédits et plusieurs morceaux très réarrangés, donc ça a encore mieux marché que tout ce qu’on avait pu espérer.

Binzen : Il se trouve en plus qu’on avait enregistré un morceau l’an dernier à Bamako qu’on n’avait jamais pu utiliser. Chanana fait partie de Kourtrajmé Afrika, c’est un fondu de vidéos. Quand il était à Angers, il nous a donc proposé de filmer des images à Angers, qu’il complèterait avec des images qu’il ferait à son retour à Bamako pour faire un clip. C’était le début officiel de Hip Hop Kanou. Ensuite le Chabada nous a permis de retourner à Bamako pour travailler cette création.

Sseca : On y a enregistré beaucoup d’instruments traditionnels comme du balafon, de la kora, du n’goni. Chose qu’on n’avait pas du tout prévue au début. On voulait au départ éviter les clichés musiques du monde, genre les Africains jouent forcément de la musique traditionnelle. Quand on avait rencontré Amkoulell, Mic Mo et Chanana la première fois, on avait été étonnés de voir qu’on avait écouté les mêmes vieux groupes de rap quand on était gamins.

Binzen : Sauf qu’on s’est rendus compte rapidement que même s’ils avaient cette culture hip hop bien ancrée en eux, ils avaient aussi l’amour de leur musique traditionnelle. C’est bizarre à comprendre parce que les jeunes européens font souvent un rejet des musiques traditionnelles de leurs grands-parents par exemple. En Afrique, jeune ou vieux, ça te parle. On a donc vite compris que ça leur tenait à cœur que ça soit présent dans les morceaux. On a rapidement abandonné nos instrus électros, mais je pense qu’on n’a pas perdu au change en fait. Les incursions des instruments traditionnels se sont fait très naturellement. Et puis finalement, quand on y pense, c’est vrai qu’en Afrique il y a encore un très grand respect des traditions qu’on a complètement perdu chez nous, à tort ou raison d’ailleurs. Mais, par exemple, pour une grande occasion, ils vont tous faire péter l’habit traditionnel. C’est une fierté et une marque de respect. Chez nous, tu t’imagines pas sortir en bigoudène pour le plaisir… (rires)

Ce spectacle va être joué juste à Angers ?

Sseca : Non, on n’a pas voulu leur faire faire tout ce déplacement pour un concert unique. Alors on a commencé à prospecter à droite à gauche, et au final ils vont rester là deux mois car les dates arrivent les unes après les autres, on est super contents. Et à terme on aimerait beaucoup réussir à faire tourner le spectacle en Afrique de l’Ouest, peut-être même avec les musiciens traditionnels sur scène avec nous. Histoire d’essayer d’aller jusqu’au bout de l’échange.

Justement, plusieurs groupes d’Angers ont déjà collaboré avec des artistes africains. Et parfois, au bout d’un moment, les Français avaient un peu l’impression que les Africains attendaient qu’on leur dise quoi faire. Ou qu’en tout cas ils n’étaient pas vraiment moteur de la collaboration. Comment ça se passe pour vous ?

Sseca : Pour le moment, tout le monde met vraiment la main à la pâte. Shanana a fait tout le travail vidéo, Mic Mo et Amkoulell se sont beaucoup investis sur le travail en studio, c’est eux qui ont trouvé tous les instrumentistes qui sont venus jouer sur les morceaux, etc.

Binzen : On est en contact par mails toutes les semaines, et ils sont super réactifs. On se consulte pour tout, jusque dans le nom des morceaux. Il faut dire qu’ils savent aussi comment on bosse en France. Amkoulell a vécu huit à Paris, donc il sait qu’il faut un minimum de rigueur sur un projet comme ça. C’est sûr que c’est peut-être plus compliqué si tu bosses avec des artistes qui sont habitués à travailler seulement en Afrique, où tout prend plus de temps, où tout est un peu plus roots.

Vous pouvez nous présenter vos collègues d’ailleurs ?

Sseca : Amkoulell a déjà sorti deux ou trois albums solo, il a été artiste de l’année 2007 aux Tamanis d’Or, l’équivalent de nos Victoires de la Musique. Il présente une émission de variété à la télé malienne. Mic Mo est un chanteur hip hop ragga reggae de la toute première vague hip hop au Mali, il sort bientôt son premier disque solo. Shanana avait fait partie d’un groupe pionnier aussi qui s’appelait Diata Sya (NdR : qui avait déjà enregistré un titre resté inédit avec L’Ambassade, ancien groupe de Binzen), même s’il privilégiait davantage la vidéo ces derniers temps puisqu’il gère Kourtrajmé Afrika. Mais il est reparti comme en 40 avec Hip Hop Kanou !

Binzen : Du coup, de par leurs différentes expériences, ce sont des gars déjà super carrés, rigoureux. Ils sont habitués à bosser avec des Occidentaux. Ils ont un pied dans les deux cultures. Ca a même simplifié les choses, c’est vrai. Ils ont souvent su faire le lien entre notre façon de bosser et celles des Maliens.

Qu’est-ce que vous pensez avoir appris de cette expérience avec eux ?

Sseca : On a retrouvé le fun des débuts quand on commencé à rapper. Ici, on cherche toujours la complication dans les textes. Là bas, ils te pondent un refrain super simple mais super efficace en deux secondes. Ils sont très instinctifs, ça leur vient tout seul. Ca nous a donc redonné le goût de nous amuser, de nous lâcher.

Et qu’est-ce que vous pensez leur avoir apporté ?

Sseca : Mic Mo arrêtait pas de poser des questions à Vivien, notre manager, sur la façon dont il bossait pour développer le projet. Ca l’intéressait beaucoup. J’imagine que ça va pas mal l’aider à l’avenir. Dans l’ensemble, artistiquement, on n’a pas grand-chose à leur apprendre. Sauf peut-être en terme de production, où il y a peu de moyens et peu de gens qui savent se servir des logiciels. De plus en plus de rappeurs jouent avec des musiciens sur scène d’ailleurs.

Vous pensez enregistrer un disque de Hip Hop Kanou ?

Binzen : On a un maxi 5 titres qui va nous servir à démarcher. Pour l’instant, on n’a pas prévu de sortir un album, mais on verra comment le projet évolue. Sinon, on inclura peut-être un de ces morceaux sur le prochain album de Nouvel R qui devrait sortir à la fin de l’année 2009.

Le mot de la fin ?

Binzen : On croise les doigts parce que pour un projet avec l’Afrique, tout devient étrangement compliqué. Là, on vient d’apprendre qu’ils ont eu l’autorisation pour les visas, donc c’est cool. Mais c’est complètement scandaleux quand tu vois comment ça se passe. Il faut verser soixante euros (ce qui représente une somme énorme là-bas) pour faire une demande de visa. Et si ton visa est refusé, l’ambassade de France garde les soixante euros !! Ensuite il faut des kilos de justificatifs, c’est la folie !


Kalcha


Dernière modification : vendredi 30 janvier 2009