
La dernière trace discographique de Hint remonte déjà à dix ans. Mais la bête ne semble pas vouloir mourir pour autant ?
C’est vrai qu’un long silence discographique signifie souvent la mort pour un groupe. Mais en ce qui nous concerne, on a toujours considéré que Hint c’était avant tout une rencontre entre Arnaud et moi. Ces dernières années, nos vies respectives ont fait qu’effectivement une distance géographique s’est d’abord installée entre nous, puis on a suivi des chemins assez différents. Du coup, ça n’a bien sûr pas aidé à ce qu’on puisse se poser ensemble pour réfléchir à de nouveaux titres. Mais on est tous les deux convaincus que l’alchimie serait exactement la même entre nous si on en trouvait l’occasion. Et dans le fond on en a envie tous les deux… En ce qui me concerne, j’ai pu travailler avec des gens différents ces dernières années sur divers projets, et je n’ai jamais retrouvé cette entente évidente et complémentaire que j’ai avec Arnaud. C’est donc pour ça qu’on n’arrive pas à dire que Hint est mort.
Donc l’espoir d’un nouvel album de Hint n’est pas non plus à proscrire ?
Arnaud est encore beaucoup occupé avec La Phaze et j’ai un emploi du temps assez chargé aussi de mon côté. Mais on n’a pas perdu l’espoir que ça arrive un jour, alors vous pouvez y croire aussi… (rires) Après, on peut se poser la question de savoir si ce qu’on ferait voudrait dire quelque chose aujourd’hui. Je me suis pas mal retiré du circuit musical aujourd’hui, je n’écoute plus trop ce qui se fait. Du coup, j’imagine qu’on repartirait sur les bases de ce qu’on faisait en 1999. Alors est-ce que ça serait encore pertinent ? Je ne suis pas le mieux placé pour le dire. Après, tout ce que je sais, c’est que ce n’était déjà pas une question qui nous empêchait de faire quoi que ce soit il y a quinze ans. Alors j’imagine que ça ne nous empêcherait pas de faire la musique qu’on aurait envie de faire. Après, que la musique trouve son public ou non, c’est une autre histoire…
Pourtant quand on écoute le coffret best of de Hint que vient de sortir Jarring Effects, on peut constater que votre musique n’a pas pris une ride…
Cette fois encore, je ne suis pas le mieux placé pour en juger. Mais c’est vrai que j’ai pu me rendre compte sur les quelques dates qu’on a effectuées ces dernières années ou sur les deux concerts qu’on avait déjà donnés avec Ez3kiel qu’un public souvent trop jeune pour nous avoir connus il y a quinze ans venait voir ce groupe dont ils avaient vaguement entendu parler par les grands frères et qu’il semblait plutôt apprécier ce qu’il voyait. On peut alors peut-être espérer ne pas être trop en dehors du coup.
Ca fait des années que ce coffret devait sortir, non ?
Le souci, c’est que nos différents albums ont tous été assez rapidement épuisés vu qu’ils n’étaient pas pressés à beaucoup d’exemplaires. Du coup, on s’est vite retrouvés à tourner sans avoir rien d’autre à proposer à notre public que « Wu Wei », notre troisième et dernier album. Alors que notre set était composé de titres des trois disques, et que pas mal des titres emblématiques de Hint se trouvaient sur le premier « 100% White Puzzle », sorti à l’époque sur le label Black&Noir. On avait donc envie de proposer un objet qui reprendrait ces morceaux + toutes les raretés qu’on avait placées sur des compilations ou des split-45t. Mais bon une telle initiative demande un minimum de travail et donc de temps, ce qui nous a souvent manqué dans Hint. Du coup, les choses ont traîné jusqu’à ce que le label Jarring Effects –qui nous tannait depuis un bon moment aussi pour sortir un nouvel album de Hint- nous propose de sortir ce coffret compilation. Vu qu’il y avait cette tournée en commun avec Ez3kiel qui se profilait, on s’est dit que c’était sans doute vraiment le bon moment pour enfin le faire.
Et comment est venue cette idée de tournée en commun justement ?
A l’origine, c’est le festival Riddim Collision à Lyon, organisé par Jarring Effects justement, qui nous a demandé cette création pour fêter leur dixième anniversaire. Il n’aurait donc dû y avoir que deux concerts, celui de Lyon et le lendemain à Annecy où nous avions été en résidence quelque jours auparavant pour préparer le concert du Riddim Collision. La rencontre avec Ez3kiel, aussi bien humainement qu’artistiquement, a été super riche pour les deux groupes. On ne se connaissait pas vraiment, même si Arnaud les avait côtoyés un peu plus avec La Phaze., et pourtant le courant est tout de suite passé. Les idées venaient naturellement, un peu comme lorsqu’on s’est trouvés avec Arnaud pour créer Hint. Comme si tout ça était ultra évident. Ce qui rendait les choses intéressantes, c’est qu’on joue tous ensemble un répertoire commun tiré des répertoires des deux groupes. Il a donc fallu comprendre et apprendre rapidement comment étaient construits les morceaux de l’autre. C’était fascinant de rentrer dans un univers finalement très intime qui n’était pas le nôtre et de nous l’accaparer. Sur scène, on a pris un pied énorme… Avec une grosse envie de remettre ça. D’où la tournée. Et finalement, on a pas trop eu à batailler pour trouver cette dizaine de dates, donc nous voilà !
C’est marrant, parce que vous êtes deux groupes plutôt précurseurs dans l’utilisation des images sur scène, et pourtant cette fois-ci vous jouez « tout nus » ?
On se retrouve à six musiciens sur scène, avec deux batteries, un bon mur de guitares devant, donc on espère que le plateau est suffisamment beau à voir pour ne pas avoir à utiliser les images. Je pense aussi que c’était une envie d’Ez3kiel de revenir à quelque chose de peut-être plus spontané que ce que leurs spectacles très lourds en technologie peuvent leur permettre en temps normal. De nôtre côté, on a redécouvert certains titres de notre répertoire. Le morceau « 100% White Puzzle » par exemple avait été composé pour l’ouverture du Chabada avec une vraie batterie. On était donc toujours frustrés par la suite de devoir le jouer avec la batterie sur bande pré-enregistrée. Là, le morceau prend sa véritable ampleur. C’est du pur plaisir… Là, on va aussi essayer de jouer « Eyes In Axis » qu’on n’avait pas joué à Lyon. On attend de voir le résultat avec impatience…