Comment est venue l’idée d’un tel festival ?
Tout est parti du constat suivant : tous les partenaires de l’agglomération Angers-Loire-Métropole avec qui l’association Aladesh travaille depuis plusieurs années proposaient beaucoup d’initiatives autour des cultures urbaines (le hip hop, les sports de glisse, etc.). Or, faute de coordination, beaucoup des événements organisés avaient lieu le même jour. Du coup, aucun des événements n’avait le succès qu’il était en droit d’espérer. Ce n’était agréable ni pour les porteurs des projets, ni pour les publics. On a donc proposé à tous ces partenaires de se réunir et de travailler à partir d’un agenda commun. De cette manière, tout devenait plus lisible et on augmentait les chances de réussite des différentes initiatives. Ca nous permettait aussi de mutualiser nos moyens financiers pour faire venir de plus grosses têtes d’affiche et les faire jouer dans différents lieux où les gens n’ont que trop rarement accès à la culture. C’est le cas par exemple pour la Cie de danse hip hop Vagabond Crew (champion du monde 2006) ou le groupe de beatbox Under Kontrol (champion de France par équipe). Ils vont être présents pendant toute une semaine en Avril et pouvoir se produire à plusieurs endroits.
Le festival s’étend sur trois mois, c’est peu commun ?
Quand on a décidé de lancer un festival, et que le Mairie a confirmé qu’elle nous suivait sur le projet, beaucoup de Maisons de Quartier ou d’autres partenaires avaient déjà calé certains événements. On a donc essayé de faire un noyau dur du 6 au 12 Avril avec plusieurs temps forts au Chabada, au Quai et dans plusieurs MdQ, tout en valorisant ce qui était déjà existant. Ce qui nous donne cette sorte de printemps des cultures urbaines de Mars à Mai. L’objectif étant pour 2010 de réunir tous nos efforts pour proposer quelque chose de ramassé sur une dizaine de jours. Ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que ce Festival Emergences est avant tout une action culturelle. Quelque part, il dure presque un an, ce festival. En Septembre, quand les différents ateliers de danse, de beatbox, de slam rap démarrent dans les Maisons de Quartier de l’agglomération, on donne rendez-vous à tous les participants pour ce temps fort d’Avril. On explique qu’il y aura une scène ouverte à ceux qui le désirent pour venir rendre compte du travail effectué pendant tous ces ateliers. Ca permet aux jeunes des différents quartiers de se rencontrer, de créer des réseaux. Ca crée aussi du lien social. C’est très important pour nous.
Contrairement à d’autres festivals hip hop, le rap n’a pas le monopole ici. Les autres disciplines de cette culture sont aussi très représentées : danse, beatbox, deejaying…
On a aussi voulu montrer ce qui se passait localement. Il y a au moins 300 jeunes qui participent à des ateliers de danse hip hop sur l’agglomération. Il y a un réel engouement. Et nous avons des compagnies reconnues internationalement comme justement le Vagabond Crew. Il nous semblait impératif de mettre ça en avant. Même chose pour le beatbox. Angers a été une des premières villes en France à vouloir créer l’événement autour de cette discipline avec l’organisation du premier championnat de France en 2006. Ca a donc créé une grosse émulation chez les jeunes. On a aussi voulu faire un clin d’œil à l’histoire de cette culture sur Angers. A la soirée du Chabada du 11 Avril, on a programmé Les Lions de l’Atlas, un groupe de hip hop formé sur les cendres de Soul Choc. On a aussi organisé une battle de Djs entre Dj Rizo (Soul Choc) et Dj Achaiss (Kwal), vu que le premier a longtemps été le mentor du second. On a essayé d’équilibrer la programmation entre les différentes disciplines du hip hop, entre découvertes et formations déjà bien installées.
Tu occupes une position particulière, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du mouvement hip hop. Comment expliques-tu que cette esthétique a souvent eu plus de mal que le rock ou d’autres styles à s’imposer auprès du public angevin ?
Déjà c’est vrai qu’il faut souligner qu’on ne se considère pas, à Aladesh, comme un acteur de la scène hip hop locale. Il faut savoir rester à sa place. Aladesh est une association qui travaille sur la culture, la jeunesse, l’éducation populaire et la solidarité internationale. On n’a rien de mentionné sur le hip hop dans nos statuts. Mais il est vrai qu’on a été amenés à travailler sur des beaux projets dans cette esthétique. On apporte donc simplement notre savoir-faire dans la coordination d’un festival mené par ses acteurs. Pour répondre à ta question, je pense qu’on ne peut pas s’appuyer sur une seule réponse. Il y a plusieurs éléments de réponse qui, tous réunis, apportent peut-être un début d’explication. Je pense que ce mouvement est encore relativement récent pour le grand public. Je ne sais pas si le rock, quand il est apparu sur Angers à la fin des années 70’s, a immédiatement emporté l’adhésion du public et des institutions. Sans parler de l’éventuelle concurrence qui pouvait exister entre les rares acteurs de cette scène. Le hip hop a un peu vécu les mêmes problématiques. Mais les mentalités changent. Et on a là une occasion rare de se faire rencontrer les acteurs d’un mouvement culturel majeur, les institutions et le public. Si les trois partis jouent le jeu, on va avoir un très grand festival.