
Vous avez souvent travaillé ensemble, des concerts au split de reprises d’AC/DC. Pourtant, à première vue, vous n’aviez pas tant que ça en commun musicalement parlant. Qu’est-ce qui vous a rapprochés ?
Pocho : Avant tout, humainement, on a bien accroché. Après, c’est sûr que leur musique n’est pas terrible… (rires)
Etienne : Je crois que la première fois qu’on s’est rencontrés, c’était pour un concert où les VC nous avaient prêté leur sono. Ca a tout de suite collé entre nous. On avait aussi en commun d’aller enregistrer nos disques au studio Black Box. D’ailleurs, Iain Burgess (le patron du Black Box) a souvent organisé des barbecues où l’on recroisait les Vilains. On a sympathisé au fur et à mesure des soirées.
Pocho : Et puis, on vit un peu les mêmes galères, du coup on se refilait des plans quand c’était possible…
Dans les textes des Vilains Clowns, il y a régulièrement des petites piques adressées à la scène punk française, dans laquelle vous semblez ne pas vous retrouver. Je n’ai pas l’impression que les Daria ne soient mieux intégrés dans la scène « rock américain à la française ». Est-ce que ça vous a rapproché aussi ? Vous étiez les vilains petits canards ?
Etienne : Non, je ne pense pas qu’on ait jamais poussé la réflexion à ce point-là (rires).
Pocho : On n’a jamais cherché à intégrer une scène quelconque de toute façon. On joue simplement ce qu’on aime faire. Et puis je pense que notre musique est plus proche du rock’n’roll que du punk à proprement parler.
Est-ce qu’il y a des groupes sur lesquels vous vous entendez tous ?
Etienne : On a tous beaucoup écouté Les Sheriff, AC/DC, Danko Jones… David nous a aussi fait découvrir des groupes qu’on adore depuis comme Diego Palavas. Quand on fait des soirées ensemble, les Tagada Jones déboulent aussi souvent dans les enceintes vers 4h du mat’ à fond les ballons…
Vous en parliez tout à l’heure, vous enregistrez vos albums au Studio Black Box. Qu’est-ce que vous trouvez à ce studio que vous ne trouvez pas ailleurs ?
Crado : On sait pas, on n’a jamais été ailleurs… (rires)
Pocho : En fait, à l’époque de mon ancien groupe, les Sleazy Bugs, j’avais un peu fait le tour des studios pour voir où enregistrer. C’est chez Iain que ça collait le mieux. On n’a donc jamais cherché à essayer ailleurs. Et puis c’est devenu un pote maintenant…
Etienne : Pour nous, on a voulu aller là-bas la première fois parce que c’est au Black Box qu’avaient été enregistrés des groupes qu’on adorait comme Shellac, Les Thugs, Chokebore… Et quand Nono nous a rejoint à la batterie, il était aussi passé par le Black Box pour enregistrer avec Casper, son groupe précédent, donc ça nous semblait évident de retourner là-bas pour le nouvel album.
Vous envisageriez d’essayer un autre studio à l’avenir ?
Nono : Pourquoi pas ? C’est toujours bon d’aller voir ailleurs comment d’autres gens travaillent. Ca permet aussi de faire évoluer ton son, d’expérimenter de nouvelles choses. Sinon, on risquerait de tourner en rond et refaire toujours le même album. Travailler avec quelqu’un d’autre, ça permet de se mettre en danger, et donc aussi d’avancer. Mais on n’en est pas encore là, on va déjà attendre Février 2009 que le second album sorte… Ensuite, on verra pour le troisième. On aura quoi qu’il en soit énormément appris avec l’équipe du Black Box.
A une époque où le public achète de moins en moins de disques, qu’il écoute de la musique en format compressé sur des enceintes parfois très rudimentaires (un téléphone portable…), qu’est-ce qui vous motive à investir encore autant d’argent dans un studio pour avoir le son de vos rêves ?
Crado : Tant pis pour eux. Nous, on le fait avant tout pour nous faire plaisir. Parce qu’on aime entendre notre musique sortir sur les enceintes gigantesques du Black Box quand on enregistre… Et puis on sait qu’il reste encore des gens qui vont vouloir l’écouter dans de bonnes conditions.
Pocho : Je pense que notre public n’est pas encore trop touché par les MP3, tout ça… Il reste encore attaché à l’objet. Moi, par exemple, j’achète encore souvent des vinyles. C’est sans doute une autre histoire pour les gamins qui ont 15 ans aujourd’hui, mais dans notre entourage, je pense que les gens veulent encore un disque, avec une pochette, les textes, etc. Pour nous, ça fait partie du disque au même titre que la musique. Et pour revenir au Black Box, honnêtement, quand on enregistre là-bas, on sait qu’on va s’éclater pendant une semaine. C’est comme si on s’offrait des vacances…
Etienne : On serait même les quatre premiers déçus si on avait pas un vrai objet à la fin. C’est super important d’avoir le disque en main, ça matérialise toute une période de travail. Et puis aujourd’hui, il ne faut pas se voiler la face, la plupart des groupes comme Les Vilains Clowns et nous, on vend plus de disques sur les stands à la fin des concerts qu’en magasin. On se voit mal dire aux gens, venez avec votre clé USB on va vous vendre des MP3… Pour le prochain album, on va mettre les paroles, nous aussi. On se rend compte que l’objet nous tient vachement à cœur, donc on veut qu’il soit le plus complet possible, même si ça a un prix.
Crado : D’ailleurs, les Tagada Jones ont ressorti un album en vinyl qu’ils vendent mieux que l’édition CD ! Donc il y a bien encore des gens pour qui un bel objet compte.
Nono : Et puis pour revenir à ta question, même au format MP3, tu entends si un disque sonne ou ne sonne pas. Un disque bien enregistré à la base sonnera toujours mieux qu’une maquette enregistrée à l’arrache, donc ça vaut encore le coup de travailler la production. Mais c’est sûr que, pour des raisons financières évidentes, plein de groupes vont se rabattre sur un home-studio. Parce que, malheureusement, le fait que ton album sonne de la mort ne signifie pas que tu vas en vendre beaucoup plus qu’un autre qui a un son tout plat.

Les deux groupes existent depuis presque dix ans maintenant. Etait-ce plus facile à l’époque qu’aujourd’hui ?
Crado : Pour nous, c’est beaucoup moins dur aujourd’hui de trouver des dates qu’il y a quelques années où il était impossible de jouer quelque part si tu ne faisais pas du reggae/ska festif. Cette vague s’est essoufflée, du coup on trouve plus facilement des concerts, c’est cool. Mais ça a été dur parfois.
Pocho : Et puis on récolte aujourd’hui les fruits de notre travail. On appelle beaucoup moins les gens pour trouver des dates. Ce sont les dates qui nous appellent… Et même si le groupe demande encore pas mal de boulot, on doit quand même avouer que c’est plus facile dans ce sens-là.
Etienne : En ce qui concerne Daria, en revanche, on trouve que c’est plus dur aujourd’hui. C’est tout con. On n’a pas de camion par exemple. Donc quand on te propose d’aller jouer à Lyon pour un cachet de 200 euros et que la location du camion te coûte déjà 250 euros, ça complique tout de suite les choses. Il y a encore deux ou trois ans, c’était pas comme ça. On te proposait 400 euros ou en tout cas on s’arrangeait au moins pour que ça ne coûte pas d’argent au groupe. C’est plus le cas aujourd’hui. On a par exemple trouvé pas mal de bonnes premières parties sur Paris ou ailleurs. Il a fallu faire un choix. Soit on acceptait de perdre de l’argent pour aller jouer, soit on refusait une bonne date. Personne n’aime refuser de dates. Mais on n’a pas les moyens non plus de perdre à chaque fois de l’argent. Après, je ne veux pas jeter la pierre aux petits lieux. Souvent ils n’ont pas énormément de moyens non plus, et quand ils se sont pris une veste sur une date, ils sont forcément frileux avant de retenter le coup avec un autre groupe.
A ce propos, on dit toujours qu’il n’y a plus de caf’ conc’, mais il suffit de regarder le générique du DVD live des Vilains Clowns pour se rendre compte qu’il y a encore des tas des bars où il est possible de jouer dans les environs, c’est hallucinant !
Pocho : Oui, nous, on a joué dans des tas de bars où la plupart des groupes refuse de jouer sous prétexte que c’est un PMU perdu à la cambrousse… Et alors ? Il ne faut pas se plaindre de ne jamais jouer si tu veux en plus choisir les endroits où jouer.
C’est vrai que grâce à votre DVD, j’ai découvert qu’il y avait une vraie « Fête Du Slip ». Vous y avez joué… Je suis pas sûr que tout le monde accepterait de jouer dans un festival avec un nom pareil… (rires)
Crado : On a joué dans des tout petits festivals à la campagne, dans une remorque de tracteur… Pourvu qu’on ait la place d’installer le matos, une prise électrique, et c’est parti ! De toute façon, je vois mal comment un groupe peut exiger quoi que ce soit tant que le public ne l’a pas vu jouer un minimum. Il faut donc aller au turbin, et jouer partout où c’est possible !
Vous avez longtemps été complètement indépendants et autonomes. Aujourd’hui, les Vilains Clowns sont sur le label Skalopards de Nîmes. Et les Daria vont bientôt signer sur un label…
Pocho : C’est le label qui nous a proposé de sortir nos disques. Nous, on n’aurait jamais été dans une démarche de trouver un label sinon. On se débrouillait très bien tout seuls jusqu’à présent. On a joué dans le sud à une soirée qu’ils organisaient, le courant est bien passé, le concert a été enregistré, on en était plutôt contents, du coup ils ont proposé de le sortir, et c’est comme ça que ça a commencé.
Crado : Mais on reste décideurs de tout, de la pochette, etc. C’est d’ailleurs du boulot dont la plupart des gens ne se rendent pas compte. Moi, je passe bien deux heures par jour à bosser pour le groupe sur les visuels, sur l’administratif…
Etienne : Nous, ça fait super longtemps qu’on cherchait le support promo d’un label. On ne sait pas se vendre, se placer dans la presse, etc. On a toujours dit qu’on prenait l’enregistrement et la fabrication à nos frais, mais la promo, ça reste notre gros point faible. Du coup, on est super content parce que ce nouvel album sort en collaboration avec Crash Disques. On espère donc pouvoir toucher un peu plus de gens que ce qu’on a réussi à faire jusqu’à aujourd’hui avec nos petits moyens. Maintenant, ça n’enlève rien au fait qu’on est très content de pouvoir décider du studio dans lequel on veut enregistrer, du visuel qu’on donnera au disque, etc.
Quand vous avez démarré le groupe, vous pensiez en être là aujourd’hui ? Mieux, moins bien ?
Crado : Honnêtement, moi, je pensais pas qu’on en serait là. Je me souviens, quand le premier disque est sorti, je me suis dit, ça y est, c’est bon, je peux mourir… (rires)
Pocho : C’est vrai que c’est Crado qui a insisté pour qu’on le sorte. Nous, on le trouvait pas assez bien.
Crado : Je trouvais ça important, c’était une première étape dans la vie du groupe. Ca nous faisait un point de comparaison pour le suivant, pour voir si on progressait, tout ça…
Etienne : De nôtre côté, on ne s’est jamais posé la question. On a toujours pris les choses un peu au jour le jour, sans se poser de questions. Quand on avait 16 ans, on bossait deux mois l’été pour pouvoir acheter une guitare à la rentrée, etc. On n’a jamais vu le temps passer en fait… Et aujourd’hui, malgré les difficultés dont on a parlé dans cette interview, il faut quand même être honnête : être dans un groupe, c’est ce qui nous permet de ne pas aller au boulot à reculons dans la journée. Parce qu’on sait qu’on va jouer de la guitare le soir… C’est du bonheur ! Et c’est une bonne école de la vie, ça t’apprend à vivre à plusieurs, avec les concessions que ça implique…
Crado : Genre, qui ramène le camion ce soir ? (rires)