Ce nouvel album me semble plus posé que les précédents qui avaient souvent une part plus dissonante. C’est juste une impression ou tu es d’accord ?
Dans Abraxas Projekt, projet vraiment jazz electronica, il y a toujours une dimension "ambient", calme, et en même temps une énergie fiévreuse héritée du free jazz ou du rock comme sur "Demosaurus junction". On retrouve cette ambivalence dans les précédents albums "Hamlet", "Ouroboros" (avec Altaî) ou "Cosmik"… Musicalement dans "Baraka-Visions", j’ai essayé de ne pas être trop bavard sur mon instrument, de laisser de l’espace… Tout en étant guidé essentiellement par des convictions esthétiques, musicales, personnelles, je suis très sensible à la réception, et au fait de donner une musique à la fois aventureuse et accessible.
Comment as-tu recruté les musiciens avec qui tu as collaboré sur ce disque ? Tu peux les présenter rapidement ?
Pour la plupart des amitiés musicales. Cela s’est fait très simplement. Je leur ai proposé une base de morceau et ils m’ont renvoyé la balle. J’ai finalisé les morceaux. Ce fut donc le fonctionnement avec Lena (alias Mathias Delplanque : musicien prolifique qui navigue, entre autres, dans les sphères du dub electronique), Vadim Vernay (créateur du label "La Maison" et fin tireur de l’abstract hip hop), Hopen (Childe Grangier, bouillant créateur d’une electronica déviante). Pour Oldman (ex-membre et fondateur de MAN), cela s’est fait à l’ancienne. Je suis allé l’enregistrer chez lui. En quelques poignées de minutes, il a enregistré deux belles lignes basses très africaines.
A l’heure où l’on nous dit que le disque est mort, tu en sors plusieurs par an. Financièrement, tu arrives à trouver un équilibre ? Ou tu sors tes disques à perte ?
Non je ne trouve pas l’équilibre, mais j’y travaille ! Le monde de la musique indépendante est avant tout un monde de l’artisanat et non de l’industrie ! L’objectif est de donner vie à des projets musicaux parce que cela est une nécessité artistique. Les retombées ne se limitent pas au cours terme et une rentabilité confortable. Nous sommes dans une période de transition, il faut tenir bon.
Tu as d’ailleurs été un des premiers par ici à jouer la carte de la distribution digitale. Est-ce que tu as des chiffres là-dessus. Est-ce que tu sais combien de titres tu vends par ce biais ? Est-ce plus qu’avant, pareil ? Est-ce que la musique va finir exclusivement sur le Net d’après toi ?
Les chiffres de vente numérique sont vraiment insignifiants pour l’instant en France, pour les labels indépendants. Et dans tous les cas cela n’est pas encore économiquement viable. Je pense que les gros distributeurs numériques se plantent en diffusant sur un maximum de plateformes, c’est exactement le contraire qu’il faut faire pour les indépendants. Et puis il y a une chose aberrante, pendant des années, on a incité les gens à s’équiper en HI-FI et maintenant on leur vend de la musique LOW-FI (du mp3) ! Non, il faut développer les formats numériques de qualité CD (FLAC ou autres à venir).
Ta musique est très cinématographique, ou en tout cas évocatrice d’images. As-tu des composteurs de musique de films qui t’ont inspiré ?
Je n’ai pas été influencé par des compositeurs de cinéma, en particulier, mais par le cinéma globalement, qui a l’attrait d’un art total, à mon sens. Oui, je sais que je développe un univers fait pour l’image… C’est d’ailleurs dans ce sens que mon éditeur travaille (rires).
Pour rester sur l’image, tu choisis souvent de très belles photos pour illustrer ta musique. Qui les prend ?
Souvent moi. Ou mes amis de Concrete Curving (Altaï and co) pour trois de mes pochettes.
Peux-tu nous parler de l’interaction entre ces photos et ta musique ? Ce sont les photos (ou les paysages pris) qui inspirent la musique, ou la musique que tu viens de composer qui t’inspire tel ou tel type de photos ?
Ces images ont souvent un côté contemplatif… C’est marrant d’ailleurs, car pour la première fois une image m’a inspiré de la musique (et non l’inverse), une photo prise par une amie, un graffiti ou est écrit "Dios es Luz". C’est le départ du nouveau DoWnTaO en élaboration.
Tu dédies ce disque à plusieurs musiciens qui n’ont pu faire partie du tracklisting. Est-ce que ça veut dire qu’on aura droit à un tome 2 ?
Il y aura un prochain album, mais pas un "Baraka-Visions 2", et effectivement, avec le souhait de concrétiser des collaborations en suspens.
Tu travailles souvent en collaboration avec d’autres artistes. Est-ce que le travail de remix t’intéresse aussi ? En tant que remixeur ou remixé ?
Oui le travail du remix est très intéressant. Cela joue sur les échos, les perceptions d’un autre musicien… J’ai fait des remix, pour le plaisir, mais jamais édités (Gong Gong, Tricky…).
Pour finir, ta musique est à la croisée de l’électronique et du jazz. Si tu devais conseiller un disque de chaque style aux fans de l’autre, quel serait-il et pourquoi ?
Pour l’électronique, je citerai Amon Tobin et en particulier son disque "Supermodified", un des mes préférés. Pour le jazz, je citerai "Napoli’s Walls" de Louis Scalvis, un disque de jazz, moderne, sensible, qui traverse toutes les musiques.