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Alex Grenier : L’effet Boomerang

Date de publication : 10 septembre 2009

Démarré pour le plaisir de jouer à sa manière le jazz qu’il aime tant, le projet solo d’Alex Grenier (ex-guitariste du groupe de hardcore fusion Khams) a rapidement su trouver son public, y compris à l’extérieur de nos frontières (Italie, Belgique, USA…). De retour d’une petite tournée québécoise, Alex nous parle de « Boomerang », son premier album à sortir début Septembre.

Ce premier album arrive dans les bacs très bientôt. Ca se passe dans quelles conditions ?

Après avoir un peu prospecté des labels, on a pris la décision de le sortir sur notre propre structure, AAS Prod. Je commence à avoir une petite expérience dans l’autoproduction avec tout ce qu’on avait fait avec Khams, donc ça m’inquiète moins aujourd’hui. Je sais qu’on peut quand même faire les choses. D’autant plus qu’on a quand même réussi à dégotter une distribution digitale avec Believe. Je suis même assez content car je crois que je suis le dernier artiste qu’ils aient accepté de signer. Désormais, ça sera aux groupes de se débrouiller avec un log in pour mettre leurs titres en vente tout seul. Alors que, là, ils vont vraiment jouer le rôle d’un distributeur, en essayant de me placer sur les autres plateformes de téléchargement que la leur.

Et pour l’objet disque ?

C’était pas trop le but de trouver un distributeur qui allait me placer un pauvre disque à Marseille, deux disques à Lille, etc. Aujourd’hui, une distribution nationale n’a de sens que si elle est accompagnée d’une bonne promotion et/ou d’une tournée. Si des gens me découvrent par hasard en surfant sur le Net, ils auront donc la possibilité d’acheter le disque en digital, ou de commander l’album sur mon myspace. Et ceux qui me découvriront sur scène pourront trouver le disque sur le stand de merchandising après le concert. Au final, on s’est rendus compte que ça marchait bien mieux comme ça que de dealer avec un distributeur qui va empocher presque la moitié du prix de revient de ton disque pour que ton disque finisse par prendre la poussière dans la FNAC d’une ville où tu n’iras peut-être jamais jouer. Le public préfère aujourd’hui avoir un lien direct avec le musicien. C’est plus facile sans certains intermédiaires paradoxalement.

Ca sous-entend que tu ne peux plus simplement te contenter d’écrire ta musique ?

Ah ça, c’est sûr. Je pense que pour beaucoup de musiciens comme moi c’est devenu absolument impensable de ne s’occuper que de la musique. En tout cas pas si tu veux en faire ton métier. Tu es obligé de gérer aussi ce qu’il y a à côté (contrats, visuels, merchandising, tournées, relation presse…) sauf si tu as les moyens de payer un professionnel pour le faire. Mais il y a de moins en moins de gens à avoir les moyens et de plus en plus de facilités à le faire tout seul. Et ça permet quand même de garder une liberté d’action. Tu fais les choses comme tu penses qu’elles doivent être faites. C’est un luxe !

Et est-ce que ça suffit à te faire vivre ? Ou est-ce que sortir un disque signifie forcément perdre de l’argent ?

Le disque en lui même ne se rentabiliserait probablement pas avec ses seules ventes, mais c’est un tout : le disque entraîne des concerts, peut se décliner en différents produits de merchandising (T-Shirts, badges)… A mon échelle, je réussis maintenant à équilibrer les choses, à savoir gagner suffisamment pour me permettre de réaliser un prochain disque, et ainsi de suite. Mon cas est un peu particulier aussi, du fait de ma formation assez légère (ma guitare, une platine, les cuivres…). Par exemple, j’ai enregistré mon album au Studioscope en trois jours. Ce qui serait impossible avec une formation plus classique avec batterie, basse, claviers, etc. Un groupe a souvent besoin de deux ou trois semaines de studio minimum pour enregistrer un album. Donc forcément, ça nécessite un budget beaucoup plus important qui va donc être rentabilisé moins rapidement. Moi, je la joue de manière assez jazz pour ça : j’arrive, j’enregistre une prise ou deux maximum, et c’est dans la boîte.

Comment tu fais pour aller aussi vite ?

Ce n’est pas du tout la même démarche que dans le rock où le groupe cherche tous ensemble comment le morceau fonctionnera le mieux. Moi, je travaille beaucoup en amont sur les structures de tel ou tel titre avant d’arriver au studio. J’écris les parties de tout le monde, et je donne leurs partitions à la section cuivre et à Dj Sharklo. Du coup, chacun sait ce qu’il doit jouer et on va beaucoup beaucoup plus vite. Je ne dis pas que c’est une meilleure façon de faire, c’est différent, c’est tout. Je prenais aussi beaucoup de plaisir à composer avec Khams. Mais là, pour mon projet solo, je suis dans une démarche plus proche du jazz. Et pour mes parties de guitares, je m’écris des thèmes sur lesquels je vais ensuite improviser un peu.

Ca sous-entend que tu dois déjà avoir une idée du morceau fini avant même de le composer ?

Oui, c’est sûr. Ca m’aide quand même bien de savoir jouer un peu de plusieurs instrument. Ca m’évite ainsi de demander des choses impossibles aux musiciens du groupe. Et de mieux comprendre les harmonies entre les différents instruments.

Il y a des choses que tu aurais envie d’incorporer à ta musique et que tu n’as pas encore su faire ? Une contrebasse par exemple ?

J’espère avoir des invités sur le prochain disque, oui. Et je pense que j’y jouerai aussi de la batterie. Je suis de toute façon plutôt ouvert à toutes ces expériences. J’ai commencé ce projet juste avec Sharklo aux platines, et de fil en aiguille on a accueilli un cuivre, puis d’autres… Donc les choses se font tout doucement. Une contrebasse, c’est sûr que ça pourrait être énorme. Maintenant, il faut aussi garder en tête qu’il y a des choses faisables pour un disque studio mais qui sont plus difficilement réalisables pour la scène. Pour de simples raisons logistiques et budgétaires. C’est plus facile pour Sharklo et moi de prendre l’avion les mains dans les poches ou presque pour partir aux Etats-Unis ou au Canada et de trouver une guitare et des platines sur place, que d’organiser une tournée avec plusieurs personnes aux plannings déjà bien chargés (mes musiciens jouent dans quatre groupes à la fois !), des instruments à transporter, etc. Je trouve que cette formule très adaptable me convient très bien, dans le sens où ça me procure une très grande liberté d’action.

Tu as d’autres projets à l’étranger ?

J’ai eu des propositions pour des concerts à Miami et Chicago, suite à des concerts que j’avais déjà donnés aux US. On travaille aussi en ce moment des pistes pour des concerts au Brésil. On verra si ça peut se faire… Et mon grand rêve serait d’aller jouer au Japon.

http://www.myspace.com/alexandregrenier
Propos recueillis par Kalcha